Secrets de la considération et du respect du prêcheur | Le site officiel du Cheikh Mohamed Ali FERKOUS
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Samedi 2 Safar 1442 H - 19 septembre 2020 G

Article mensuel n° 26

Les secrets de la considération
et du respect du prêcheur

Louange à Allâh, Maître des Mondes, et paix et salut soient sur celui qu’Allâh a envoyé en miséricorde pour le monde entier, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu’au Jour de la Résurrection. Cela dit :

L’une des plus grandes causes qui permettent de préserver la place du prêcheur qui appelle à Allâh, d’accroître son honneur et sa dignité est qu’il travaille pour obtenir un revenu d’une source de subsistance appropriée. Un revenu grâce auquel il subviendra à ses dépenses et se satisfait de ce qu’Allâh lui a donné comme bienfaits.

Cela lui permettra d’éviter de demander aux gens ce dont il a besoin pour se nourrir, se vêtir, se loger, etc. Il ne demande qu’à Allâh عزّ وجلّ. Il ne recherche sa subsistance qu’auprès de Lui. Ce revenu lui permet de se passer des gens. Et s’il joint la possession de l’argent au savoir, le prêcheur obtiendra alors la perfection, la vertu et la satisfaction. Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم dit : « Réussira vraiment celui qui embrasse l’Islam, se contente du peu pour subsister et à qui Allâh inspire la satisfaction du lot qu’Il lui octroie. »(1)

Par ailleurs, l’ange Djibrîl (Gabriel) عليه السلام a montré auProphète صلَّى الله عليه وسلَّم le chemin de la dignité du musulman et de son honneur dans le hadith rapporté par Sahl ibn Sa‘dرضي الله عنهما qui a dit : « Djibrîl عليه السلام est venu voir le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم et lui a dit : Oh Mouhammad ! Vis autant que tu veux, mais sache que tu mourras quand même. Fais ce que tu veux, mais tu en seras rétribué. Aime qui tu veux, mais sache que tu le quitteras quand même. Sache que l’honneur du croyant se trouve dans ses prières nocturnes et que sa dignité réside dans le fait de se passer des gens. »(2)

En effet, celui qui renonce à solliciter les gens gagnera leur amour et leur sympathie. Il en découle que l’honneur du prêcheur se trouve dans le fait de s’abstenir de demander de l’argent ou de le désirer, sauf en cas d’extrême nécessité. De fait, la nature humaine fait que les gens désapprouvent ceux qui les sollicitent et convoitent ce qu’ils possèdent. D’après Sahl ibn Sa‘d رضي الله عنهما : « Un homme est venu voir le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم et lui a dit : “ Ô Messager d’Allâh ! Indique-moi une œuvre dont l’accomplissement fera qu’Allâh m’aimera et les gens aussi. ” Le Messager d’Allâh صلَّى الله عليه وسلَّم lui répondit :  Renonce aux biens de ce bas monde, Allâh t’aimera. Ne convoite pas ce que possèdent les gens, ils t’aimeront.  »(3)

Ainsi, ne pas convoiter ce que possèdent les gens suscite leur amour. Aussi, la quête de leur amour est demandée dans la religion. Cela se voit dans le hadith du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم : « ParCelui qui tient mon âme dans Sa main [Allâh], vous n’en­trerez au paradis que si vous êtes réellement croyants. Et vous ne serez réellement croyants que si vous vous aimez les uns les autres. Voulez-vous que je vous indique une chose par laquelle vous vous aimerez les uns les autres ? Répandez le salut [Salâm] parmi vous ! »(4) Ce hadith incite à répandrele salut tout comme l’autre hadith qui incite à se faire des cadeaux. Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم dit : « Offrez-vous des cadeaux, vous vous aimerez les uns les autres. »(5) Ces deux choses entraînent l’amour, qui consolide la relation de foi et renforce l’entraide fraternelle basée sur le bien et la piété.

Par ailleurs, l’avidité dans la quête de l’argent et la convoitise de ce que possèdent les gens portent atteinte à la réputation du prêcheur, en abaissant son rang et le déprécient aux yeux des gens, tandis que le fait de se détourner totalement de la quête de l’argent au profit de la science rend sa vie tourmentéeet perturbe sa tâche de prêcheur, à cause de sa pauvreté. Cette pauvreté le conduit à la complaisance afin de stabiliser sa situation. Certains parmi nos pieux Salaf (Pieux Prédécesseurs) disaient : « Celui qui s’investit pleinement dans lascience du hadith, qu’il se prépare à la pauvreté. Alors, qu’ilapprenne de la science du hadith selon sa capacité et qu’il exerce un métier pour se prémunir contre la pauvreté. »(6) Pour cette raison, il convient au prêcheur de garder le juste milieu et la modération concernant l’acquisition de l’argent ; il ne doit pas s’absorberdans celui-ci ni le négligercomplètement.

Dans cette même conception de modération, Ibn Al-Djawzî ـ رحمه الله ـ a écrit dans le chapitre de « L’utilité de l’argent » ce qui suit : « Il n’y a pas plus profitable dans cette vie pour les savants que de gagner de l’argent pour ne pas dépendre des gens. En effet, si on joint l’argent à la science on atteindra la perfection. La majorité des savants ont été absorbés par la science au détriment de l’argent. Mais comme le besoin à l’argent est indispensable et qu’ils n’ont pas pu patienter, ils se sont engouffrés dans des situations, même s’ils les ont justifiées, elles les ont avilis alors que d’autres issues étaient meilleures pour eux... Ceux-là, même s’ils ont fait un effort de justification, ils ont perdu de leur cœur et de leur intégrité religieuse beau­coup plus qu’ils ont amassé dans leur vie d’ici-bas.

Nous avons vu beaucoup parmi les soufis et les savants qui se rapprochent des gouvernants par convoitise de leurs biens. Certains étaient complaisants et ostentatoires. D’autres faisaient des éloges exagérés. D’autres encore se taisaient face aux interdits commis etc. La cause de cette complaisance est la pauvreté.

Il s’avère que l’intégrité de la dignité et le fait de s’écarter de l’ostentation résident dans l’éloignement des gouvernants injustes. Deux catégories de gens seulement ne tombent pas dans cette complaisance : celui qui a de l’argent comme Sa‘îd ibn Al-Mouşayyib qui faisait le commerce de l’huile et d’autre chose, ainsi que Soufyâne Ath-Thawrî et Ibn Al-Moubârak, ce dernier qui était marchand, et celui qui est très patient et se satisfait de sa subsistance même si elle ne lui suffit pas comme Bichr Al-Hâfî et Ahmad ibn Hanbal. Celui qui est privé de la patience de ces deux catégories de gens et de leur perfection sera sûrement sujet aux souffrances et aux épreuves. Il peut même perdre sa foi. Tu dois donc, toi l’étudiant en science [de la religion islamique], redoubler d’efforts pour amasser de l’ar­gent afin de te passer des gens. Ta religion n’en sera que plus accomplie.

De manière générale, il n’estd’hypocrite montrant la pra­tique de la religion, l’ascétisme et l’humilité, ni un savant voyant sa réputation compromise par un vice, que par l’attirance de la vie d’ici-bas, provoquée par la pauvreté. Celui qui possède ce qui lui suffit et en cherche plus en fréquentant les gens du pouvoir sera compté parmi les gens cupides ; il est loin des meil­leurs savants. Qu’Allâh nous préserve de telles situations. »(7)

Soufyâne Ath-Thawrî ـ رحمه الله ـ a dit : « Celui qui tient dans sa main cette chose [c’est-à-dire l’argent] qu’il en fasse bon usage, car nous vivons dans une époque où celui qui est dans le besoin sacrifie en premier sa religion. »(8)

Il ـ رحمه الله ـ a dit aussi : « Ô vous les gens instruits, relevez vos têtes, car la voie s’est éclaircie. Travaillez et ne soyez pas une charge pour les autres. »(9)

Si le prédicateur qui appelle au sentier d’Allâh n’a pas de ressources pour subvenir à ses besoins et à ses dépenses, il doit gagner de l’argent licite, selon ce dont il a besoin et sans exagérer. À chaque fois « qu’un homme venait chez Soufyâne Ath-Thawrî pour acquérir le savoir, il lui demandait : “ As-tu de quoi subvenir à tes besoins ? ”. Si la personne l’informait qu’il en avait, il lui ordonnait d’acquérir le savoir. Si ce n’était pas le cas, il lui recommandait de rechercher les moyens de sa subsistance. »(10)

Je dis que ceci vise à s’épargner bien des soucis, à avoir le cœur tranquille, à protéger son honneur vis-à-vis des gens afin d’accomplir sa mission éducative et son message de pré­dication en toute dignité, en se passant de ce que possèdent les gens, loin de toute complaisance et ostentation. Ceci lui confère un meilleur avenir, et lui sera plus profitable ici-bas et dans l’au-delà.

Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم dit : « Celui dont la préoccupation est l’au-delà, Allâh lui donnera la richesse du cœur, lui arrangera ses préoccupations et la vie d’ici-bas lui sera soumise. »(11) « si son ambition s’intéresse fortement à épargner le surplus d’argent, alors, le fait de diversifier les moyens pour l’obtenir constituera, alors, une infraction. Il est justifié, dans le premier cas, quand il n’avait rien. Mais condamné si c’est pour posséder le surplus des choses. Résultat : il aura passé sa vie à être dans la confusion :

Celui qui passe son temps à garder son argent

De peur de la pauvreté, est déjà indigent. »(12)

Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم dit : « Celui dont la seule préoccupation est la vie d’ici-bas, Allâh mettra la pauvreté entre ses yeux, il dispersera ses préoccupations et il n’obtiendra de la vie d’ici-bas que ce qu’il lui aura été prédestiné. »(13)

Nous demandons à Allâh عزّ وجلّ de nous bien guider et de nous accorder la piété, la vertu, la subsistance et la richesse. Qu’Il fasse que l’au-delà soit notre seule préoccupation. Qu’Il nous satisfasse de ce qu’Il nous a donné, car Il est capable de toute chose. Il est Seul capable d’exaucer nos invocations.

Notre dernière invocation est qu’Allâh, Seigneur des Mondes, soit loué et que paix et salut soient sur notre Prophète Mouhammad, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu’au Jour de la Résurrection.

Alger, le 15 de Rabi‘ Al-Awwal 1429 H,
correspondant au 22 mars 2008 G.

 



(1) Rapporté par : Mouslim (1054), At-Tirmidhî (2348), Ibn Mâdjah (4138) et Ahmad (6572), d’après ‘Abd Allâh ibn ‘Amr ibn Al-‘Âsرضي الله عنهما.

(2) Rapporté par At-Tabarânî dans Al-Awsat (4278), d’après Sahl ibn Sa‘dرضي الله عنهما. Ce hadith est jugé haşane (bon) par Al-Albânî dans As-Silsila As-Sahîha (831).

(3) Rapporté par Ibn Mâdjah (4102), d’après Sahl ibn Sa‘dرضي الله عنهما. Ce hadith est jugé haşane (bon) par Al-Albânî dans As-Silsila As-Sahîha (944).

(4) Rapporté par Mouslim (54), d’après Aboû Hourayraرضي الله عنه.

(5) Rapporté par Al-Boukhârî dans Al-Adab Al-Moufrad (1/208) et par Al-Bayhaqî dans As-Sounane Al-Koubrâ (6/169), d’après Aboû Hourayra رضي الله عنه. Ce hadith est jugé haşane (bon) par Al-Albânî dans Irwâ’ Al-Ghalîl (1601).

(6) Rapporté par Al-Khatîb Al-Baghdâdî dans Al-Djâmi‘ Li Akhlâq Ar-Râwî (1/99).

(7) Cf. : Sayd Al-Khâtir d’Ibn Al-Djawzî (154-155).

(8) Cf. : Hilyat Al-Awliyâ’ d’Aboû Nou‘aym (6/381).

(9) Ibid. (6/382).

(10) Rapporté par Al-Khatîb Al-Baghdâdî dans Al-Djâmi‘ Li Akhlâq Ar-Râwî (1/98).

(11) Rapporté par At-Tirmidhî (2465), d’après Anas ibn Mâlikرضي الله عنه. Ce hadith est jugé haşane (bon) par Al-Albânî dans As-Silsila As-Sahîha (949).

(12) Cf. : Sayd Al-Khâtir d’Ibn Al-Djawzî (p. 267).

(13) Rapporté par At-Tirmidhî (2465), d’après Anas ibn Mâlikرضي الله عنه. Ce hadith est jugé haşane (bon) par Al-Albânî dans As-Silsila As-Sahîha (949).