De la responsabilité de la personne chargée du waqf (les biens habous) et des modifications permises ou interdites qui y sont apportées | Le site officiel du Cheikh Mohamed Ali FERKOUS
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Mardi 8 Rabî` Eth-Thânî 1442 H - 24 novembre 2020 G



De la responsabilité de la personne chargée du waqf (les biens habous) et des modifications permises ou interdites qui y sont apportées

 

Louange à Allah, Maître des Mondes; que Ses éloges et Son salut soient pour celui qu'Il a envoyé en miséricorde pour le monde entier, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu'au Jour de la Rétribution. Ceci dit :

La religion a, certes, encouragé la pratique du Waqf et l'a recommandée, elle en a fait un acte qui permet de se rapprocher d'Allah عزَّ وجلَّ, dont le croyant trouvera une part de la récompense dans sa vie présente et qui lui assurera des bonnes actions à son actif après sa mort. Cette œuvre fait, en effet, partie des actes de l'être humain et de ses efforts ; le prophète صلَّى الله عليه وسلَّم dit : « Lorsque l'être humain meurt, ses actes sont interrompus, à l'exception de trois choses : une aumône courante, un savoir dont on profite et un enfant vertueux qui prie pour lui »(1). Ce hadith ne contredit pas la parole d'Allah عزَّ وجلَّ:

﴿وَأَنْ لَيْسَ لِلإِنْسَانِ إِلاَّ مَا سَعَى﴾ [النجم: 39].

Traduction du sens du verset :

et qu’en vérité, l'être humain ne récoltera que [le fruit] de ses efforts﴿ [An-Nadjm (L’Étoile) : 39], car l'enfant d'une personne, ce qu'elle laisse comme savoir et comme aumône courante font tous partie de ses efforts.

Aussi, ces bonnes actions ne sont pas limitées à ce qui est cité dans ce hadith, qui ne fait que donner des exemples de nobles qualités et de différentes sortes d’actes de piété et de bienfaisance, qui sont en fait plus nombreuses que cela. On peut retirer ce point de la parole du prophète صلَّى الله عليه وسلَّم: « Parmi les actes et les bonnes actions de l'être humain qui le rejoindront après sa mort : un savoir qu'il a enseigné et répandu, un enfant vertueux qu'il a laissé, un exemplaire du Coran qu'il laisse en héritage, une mosquée qu'il a construite, une demeure qu'il a construite pour les voyageurs, un courant d'eau qu'il a fait couler, ou une aumône qu'il a puisée dans ses biens alors qu'il était vivant et en bonne santé; tout cela le rejoindra après sa mort »(2). Et les membres de notre communauté n'ont cessé, jusqu'à nos jours, de puiser dans leurs biens pour faire du Waqf.

La personne qui fait un Waqf a le droit d'en disposer, si elle fait un Waqf d’un bien fixe et précis dans un domaine de bien, comme les mosquées, les écoles coraniques, les exemplaires du Coran ou les livres contenant le savoir bénéfique. Il est alors obligatoire de mettre en application les conditions que cette personne a émises, sauf si elles sont en contradiction avec la Charia, car le prophète صلَّى الله عليه وسلَّم dit : « Les musulmans s'attachent aux conditions qu'ils posent, à moins qu’elles ne soient des conditions qui interdisent une chose licite ou permettent une chose interdite »(3) ; il dit aussi : « toute condition qui n'est pas dans le livre d'Allah est nulle... »(4).

Si le Waqf est une mosquée, sa gestion revient au gouvernant ou à son suppléant et il lui est interdit de vendre le Waqf, de le donner, de le distribuer en héritage ou de l’employer dans toute autre forme de transfert de propriété. Le prophète صلَّى الله عليه وسلَّم dit à `Omar, en parlant du Waqf : « Si tu le désires, fais que la propriété originelle soit un Waqf et donne [ce qu’elle produit] en aumône » ; `Omar fit alors aumône [de sa production], à condition qu'on ne vende pas la propriété originelle, qu'on ne la donne pas et que personne n'en hérite »(5). Tout cela est vrai tant que l'utilité du Waqf ne disparaît pas complètement, comme le cas d'une mosquée en ruines, qu'il est permis de changer pour un intérêt prédominant. On peut alors vendre cette mosquée et dépenser son prix dans son équivalent : c'est-à-dire une mosquée plus utile pour les gens du pays. De même, si la somme gagnée dans sa vente est supérieure à ce dont on a besoin, le surplus sera dépensé pour une autre mosquée.

En effet, dépenser le prix du Waqf dans son équivalent revient à en profiter dans le domaine dans lequel le Waqf a été fait. Pour affirmer cela, Ibn Taymia رحمه الله dit à propos du Waqf dont le prix est excédent : « Il doit être dépensé dans un domaine semblable, comme dans le cas de la mosquée, si son prix excède le montant requis pour s'en occuper, on le dépense dans une autre mosquée. Et ce, car la personne qui a fait le Waqf visait un domaine précis et le domaine est le même. Si, par exemple, la première mosquée s’est dégradée de sorte à ce que plus personne n'en profite, il faudrait dépenser son prix dans une autre mosquée. De même que si son prix excède le montant qu'elle nécessite [pour la bâtir et l'entretenir], l'excédent ne peut être dépensé pour elle et on ne peut non plus le bloquer sans en profiter. Le dépenser dans le domaine souhaité est donc la meilleure chose à faire et la plus proche de l'objectif de la personne qui fait le Waqf »(6). Il est également permis de faire don aux nécessiteux du surplus de la rente du Waqf de la mosquée, c'est même obligatoire si l'on sait que le Waqf ne durera pas, car le fait de laisser l'excédent du prix du Waqf sans en profiter est un gâchis et une perte(7), et le prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a interdit de gâcher les biens(8).

Remarquons aussi que les œuvres Waqf de bienfaisance sont mises sous la bonne garde des gérants qui en sont responsables. Ceux-ci doivent donc craindre Allah vis-à-vis de ces biens Waqf, les préserver et gérer de la meilleur façon ce dont ils ont pris la responsabilité, par honnêteté et en prodiguant tout ce qui est en leur pouvoir. Ils concrétiseront ainsi l'objectif de la personne qui a fait le Waqf, qui est de se rapprocher d'Allah عزَّ وجلَّ par la bienfaisance et par toutes sortes d'actes d'obéissance. Pour cela, il est interdit au responsable du Waqf d'en changer ou d'en détourner une partie ou une utilité pour des domaines contradictoires aux commandements de la piété. Il est ainsi interdit de changer le Waqf pour en faire un lieu de culte des mécréants, ou d'y construire des mausolées et des objets de culte, d'enterrer des morts dans les mosquées, ou dans leurs cours et esplanades, ou de donner les revenus du Waqf aux gardiens des mausolées et des koubbas, ou pour les illuminer, les couvrir de tissus et les encenser.

Il est également interdit de réserver une partie du Waqf pour y placer des représentations et des monuments, commémoratifs ou non, d'élever des images sur le Waqf ou sur les endroits réservés. De même que de les consacrer aux distractions, aux péchés et à toute autre chose qui s'oppose au monothéisme ou à son perfectionnement et qui contredit la piété et la crainte d'Allah عزَّ وجلَّ. Tout cela est inclus dans la modification interdite, et le fait de s'entraider en cela relève du péché et de la transgression qu'Allah عزَّ وجلَّ a interdits en disant :

﴿وَتَعَاوَنُوا عَلَى الْبِرِّ وَالتَّقْوَى وَلاَ تَعَاوَنُوا عَلَى الإِثْمِ وَالعُدْوَانِ﴾ [المائدة: 2].

Traduction du sens du verset :

Entraidez-vous dans l'accomplissement des bonnes œuvres et de la piété et ne vous entraidez pas dans le péché et la transgression﴿ [Al-Mâ’ida (La Table servie) : 2].

Le savoir parfait appartient à Allah عزَّ وجلَّ, et notre dernière invocation est qu'Allah, Seigneur des Mondes, soit Loué et que paix et salut soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu'au Jour de la Rétribution.

Alger, le 20 Chawwâl 1432 H
Correspondant au 18 septembre 2011 G



(1) Rapporté par At-Tirmidhi, chapitre des « Jugements » concernant le Waqf (hadith 1376) par l’intermédiaire d'Abou Hourayra رضي الله عنه. Ce hadith est jugé authentique par Al-Albâni dans Sahîh Al-Djâmi` (hadith 793) et dans Al-Irwâ’ (hadith 1580).

(2) Rapporté par Ibn Mâjah dans « L’introduction » concernant la récompense de celui qui enseigne le bien (le savoir) aux gens (hadith 242) et par Ibn Khouzayma dans As-Sahîh (hadith 2490), par l’intermédiaire d'Abou Hourayra رضي الله عنه. Ce hadith est jugé authentique par Al-Albâni dans Sahîh Al-Djâmi` (hadith 2231).

(3) Rapporté par At-Tirmidhi, chapitre des « Jugements » concernant ce qui est rapporté du prophète par rapport à la réconciliation entre les gens (hadith 1352) par l’intermédiaire de Kathîr Ibn 'Abd Allah Ibn 'Amr Ibn 'Awf, d'après son père, d'après son grand-père. Al-Albâni l’a jugé authentique dans Al-Irwâ’ (hadith 1303).

(4) Rapporté en ces termes par An-Nassâ’i, chapitre du « Divorce » concernant le fait que la femme esclave choisisse l’affranchissement alors que son mari est [encore] un esclave (hadith 3451) et par Ibn Mâdjah, chapitre de « L’affranchissement » à propos de l’esclave qui veut s’affranchir sous condition (hadith 2521) par l’intermédiaire de `Â’icha رضي الله عنها. Rapporté aussi par Al-Boukhâri, chapitre des « Ventes » concernant : quand quelqu'un pose des conditions dans un acte de commerce qui ne sont pas licites (hadith 2168) et par Mouslim, chapitre du « Divorce » (hadith 1504) en ces termes : « N’importe quelle condition n'étant pas dans le livre d'Allah est nulle ».

(5) Rapporté par Al-Boukhâri, chapitre des « Testaments » concernant : comment écrit-on le Waqf ? (hadith 2772) par l’intermédiaire d'Ibn 'Omar رضي الله عنهما. At-Tirmidhi a dit après avoir rapporté ce hadith, chapitre des « Jugements » concernant le Waqf (hadith 1375) : « C'est un hadith hassane sahîh (bon authentique) et c'est ce qui est pratiqué par les savants parmi les compagnons du prophète et autres. Nous ne connaissons aucune divergence entre les anciens parmi eux quant à la permission de faire un Waqf des terres ou autre chose ».

(6) Voir : Madjmoû` Al-Fatâwâ d'Ibn Taymia (31/206).

(7) Voir : Al-Moustadrak `Alâ Madjmoû` Al-Fatâwâ d'Ibn Qâssim (4/108).

(8) Rapporté par Al-Boukhâri, chapitre de la « Zakat » concernant la parole d'Allah عزَّ وجلَّ:

﴿لاَ يَسْأَلُونَ النَّاسَ إِلْحَافًا﴾ [البقرة: 273].

Traduction du sens du verset :

ils ne demandent pas aux gens en insistant﴿ [Al-Baqara (La Vache) : 273] et de combien est la richesse ? (hadith 1477) par l’intermédiaire d’Al-Moughîra Ibn Chou`ba.