Le jugement concernant la construction d’une mosquée à côté d’une autre | Le site officiel du Cheikh Mohamed Ali FERKOUS
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Vendredi 19 Dhou El-Qa`dah 1441 H - 10 juillet 2020 G

Fatwa n° 61

Catégorie : Fatwas relatives à la prière – Les mosquées

Concernant la construction de la mosquée
à proximité d’une autre

Question :

Quel est le jugement religieux d’un groupe de personnes qui construit une mosquée à côté d’une autre mosquée sous prétexte qu’il est illicite d’accomplir la salât dans cette dernière, car c’est l’État qui se charge d’elle ? Selon ses propos, ce groupe considère que les gouvernants sont des Tawâghît, que le serment d’allégeance ne leur est pas accordé. Ces personnes accomplissent aussi en solitaire la salât de l’Aïd, séparé du groupe des musulmans sous prétexte qu’il n’est pas licite de l’accomplir derrière certains imams, car ils n’accomplissent pas la salât d’Al-Djoumou‘a (du vendredi). Cela constitue-t-il une excuse pour diviser la communauté musulmane ? Quel est le jugement religieux si on traite avec ce groupe ?

Réponse :

Louange à Allâh, Seigneur des mondes. Prière et le salut sur celui qu’Allâh a envoyé comme une miséricorde pour les univers, ainsi que sur sa famille, ses compagnons et ses frères et ce, jusqu’au Jour de la Résurrection. Cela dit :

Les savants ont prescrit qu’il est illicite de construire une mosquée en voisinage d’une autre, ou en étant proche d’elle, pour nuire et concurrencer, car cela divise la communauté des musulmans, jette le schisme et la désunion au sein d’eux.

Certes, toute mosquée édifiée pour défier et nuire aux musulmans, ou [construite] pour chercher l’ostentation et la renommée, est considérée comme une mosquée de rivalité ou prend le même jugement. On réservera à une telle mosquée le même sort qui a été réservé à la mosquée Dirar [cité dans le Coran]. Allâh – qu’Il soit Très-Haut – a dit :

Sens du verset :

﴿وَٱلَّذِينَ ٱتَّخَذُواْ مَسۡجِدٗا ضِرَارٗا وَكُفۡرٗا وَتَفۡرِيقَۢا بَيۡنَ ٱلۡمُؤۡمِنِينَ وَإِرۡصَادٗا لِّمَنۡ حَارَبَ ٱللَّهَ وَرَسُولَهُۥ مِن قَبۡلُۚ وَلَيَحۡلِفُنَّ إِنۡ أَرَدۡنَآ إِلَّا ٱلۡحُسۡنَىٰۖ وَٱللَّهُ يَشۡهَدُ إِنَّهُمۡ لَكَٰذِبُونَ ١٠٧ لَا تَقُمۡ فِيهِ أَبَدٗاۚ لَّمَسۡجِدٌ أُسِّسَ عَلَى ٱلتَّقۡوَىٰ مِنۡ أَوَّلِ يَوۡمٍ أَحَقُّ أَن تَقُومَ فِيهِۚ فِيهِ رِجَالٞ يُحِبُّونَ أَن يَتَطَهَّرُواْۚ وَٱللَّهُ يُحِبُّ ٱلۡمُطَّهِّرِينَ ١٠٨[التوبة]

Ceux qui ont édifié une mosquée pour en faire [un mobile] de rivalité, d’impiété et de division entre les croyants, qui la préparent pour celui qui auparavant avait combattu Allâh et Son Envoyé et jurent en disant : « Nous ne voulions que le bien ! » [Ceux-là], Allâh atteste qu’ils mentent. – Ne te tiens jamais dans (cette mosquée). Car une Mosquée fondée dès le premier jour, sur la piété, est plus digne que tu t’y tiennes debout. [Pour y prier], on y trouve des gens qui aiment bien se purifier, et Allâh aime ceux qui se purifient. ﴿ [s. At-Tawba (le Repentir) : v. 107-108]

Cela dit, les savants sont unanimes pour dire qu’il est obligatoire d’obéir au gouverneur vainqueur, même si les conditions nécessaires à l’exercice du pouvoir ne sont pas réunies en lui. Son autorité est bien valide. Il n’est pas permis de se rebeller contre lui, même s’il est injuste et oppresseur, selon une seule parole des gens de science et de la sounna. Il est obligatoire de faire preuve de patience envers les gouverneurs, et de les suivre dans la salât. Leur obéir est meilleur que de se rebeller contre eux, car cela préserve le sang, les biens et l’honneur [des musulmans]. Cela apaise aussi la populace. Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a dit : « Quiconque déteste de son gouverneur une chose, qu’il patiente, car celui qui se rebelle contre le gouverneur ne serait-ce d’un empan, puis meurt, sa mort date de la période préislamique. »(1) Et il a صلَّى الله عليه وسلَّم dit aussi : « Vous allez rencontrer après [moi] une des abus [de pouvoir]; patientez jusqu’à ce que vous me rencontrerez sur le Bassin. »(2)

Cela dit, prétendre, par une interprétation admissible ou non, que l’injustice et l’iniquité des gouverneurs autorise de délaisser la prière, les salât du vendredi et des prières collectives [est une fausse interprétation]. Cela ne fait point partie des fondements des gens de la Sounna et du Groupe (Ahl As-Sounna Wal-Djamâ‘a) ; le cheikh de l’islam Ibn Taymiyya a dit : « C’est pourquoi les personnes qui délaissent d’une manière absolue la prière du vendredi et les salât en groupe derrière les gouverneurs oppresseurs sont considérées aux yeux des Pieux Prédécesseurs comme faisant partie des gens de l’innovation [religieuse]. »(3)

Et le savoir est auprès d’Allâh et nous disons pour finir : la louange est à Allâh, le souverain des mondes, qu’Allâh honore et salue notre Prophète Mouhammad, ainsi que sa famille, ses Compagnons et ses frères, jusqu’au Jour de la Résurrection.

 

Alger, le 26 d’Al-Mouharram 1426 H,

correspondant au 7 mars 2005 G.

 


(1) Rapporté par Al-Boukhârî (7053) et Mouslim (1849) d’après Ibn ‘Abbâs رضي الله عنهما.

(2) Rapporté par : Al-Boukhârî (3792) et Mouslim (1845), d’après Aşîd ibn Houdayr رضي الله عنه. Il est possible de voir cette question en détail dans le livre Madjâlis Tadhkiriya ‘Ala Masâ’il Manhadjiya.

(3) Al-Madjmoû‘ d’Ibn Taymiyya (23/343).