De l’entraide pour réconforter celui qui mérite d’être conseillé | Le site officiel du Cheikh Mohamed Ali FERKOUS
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Mercredi 13 Safar 1442 H - 30 septembre 2020 G

Fatwa n° 695

Catégorie : Fatwas relatives au Manhadj (le Voie)

De l’entraide pour réconforter
celui qui mérite d’être conseillé

Qestion : 

:Il peut arriver que l’imam de la mosquée se voit contraint de commettre certaines innovations ou de participer à la commémoration de la naissance du Prophète صَلَّى اللهُ عليه وآله وسَلَّم, qui comporte différents interdits, en justifiant cela par la sauvegarde de son poste prédicatif. Au-delà de la faiblesse de son excuse, quelle est la position à prendre vis-à-vis de lui ?

Réponse :

Louange à Allâh, Maître des Mondes ; et paix et salut sur celui qu’Allâh a envoyé comme miséricorde pour le monde entier, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu’au Jour de la Résurrection. Cela dit :

Il ne convient pas à celui qui jouit d’une certaine position dans la société ou qui occupe une fonction éducative, lorsqu’il est contraint de commettre un interdit ou une innovation, de commettre ce qui est proscrit sans expliquer aux gens la sentence de cet acte, afin d’éviter qu’ils ne soient les victimes d’une méprise ou qu’ils ne soient leurrés par son acte et qu’ils ne l’imitent dans ce qui n’est pas conforme à la religion. En effet, faire ce qui est interdit est un mal ; or, on doit obligatoirement réprouver le mal et ne pas l’agréer. Recommander le bien et interdire le mal sont un acte d’adoration prescrit par la religion et qui fait même partie des plus grands devoirs religieux après la foi en Allâh, puisqu’Allâh l’a cité dans son Livre juste après ou avec la foi en Lui :

﴿كُنتُمْ خَيْرَ أُمَّةٍ أُخْرِجَتْ لِلنَّاسِ تَأْمُرُونَ بِالْمَعْرُوفِ وَتَنْهَوْنَ عَنِ الْمُنكَرِ وَتُؤْمِنُونَ بِاللهِ﴾ [آل عمران: 110]

Sens du verset :

Vous êtes la meilleure communauté que l’on ait envoyée aux gens ; vous ordonnez le bien, interdisez le mal et avez foi en Allâh﴿ [Al ‘Imrân, 110] ;

﴿الَّذِينَ إِن مَّكَّنَّاهُمْ فِي الأَرْضِ أَقَامُوا الصَّلاةَ وَآتَوُا الزَّكَاةَ وَأَمَرُوا بِالْمَعْرُوفِ وَنَهَوْا عَنِ الْمُنكَرِ﴾ [الحج: 41]

Sens du verset :

Ceux qui, lorsque Nous leur donnons le pouvoir sur la terre, accomplissent la prière, paient la zakat, ordonnent le bien et interdisent le mal﴿ [s. Al Hadjdj (le Pèlerinage) : v. 41]

Tels sont ceux qui croient en Allâh, secourent sa cause et prennent parti pour lui :

﴿وَالْمُؤْمِنُونَ وَالْمُؤْمِنَاتُ بَعْضُهُمْ أَوْلِيَاءُ بَعْضٍ يَأْمُرُونَ بِالْمَعْرُوفِ وَيَنْهَوْنَ عَنِ الْمُنكَرِ وَيُقِيمُونَ الصَّلاَةَ وَيُؤْتُونَ الزَّكَاةَ وَيُطِيعُونَ اللهَ وَرَسُولَهُ﴾ [التوبة: 71]

Sens du verset :

Les croyants et les croyantes sont les alliés les uns des autres ; ils ordonnent le bien, interdisent le mal, accomplissent la prière, donnent la zakat et obéissent à Allâh et à Son Messager﴿ [s. At-Tawba (le Repentir) : v. 71]

Cela dit, la situation peut s’empirer lorsque quelqu’un le suit (l’imam), étant trompé par son acte, et ayant retenu de lui la licité de son innovation et se mettant à la faire revivre, ou un mal qu’il ira, alors, voir d’un bon œil. Le suivi assume, alors, les péchés de ceux qui le suivent, sans que rien ne leur soit diminué. Le Prophète صَلَّى اللهُ عليه وآله وسَلَّم a dit : « Celui qui appelle à un égarement aura comme péché l’équivalent des péchés de ceux qui le suivent, sans que cela ne diminue quoi que ce soit de leurs péchés. »(1)

Aussi, ce qui est recommandé envers cette personne est de la conseiller poliment et de la meilleure manière. Il faudrait lui adresser avec aménité des injonctions et les interdits avec douceur, car le Prophète صَلَّى اللهُ عليه وآله وسَلَّمa dit : « La religion, c’est le bon conseil. Nous dîmes : “Envers qui, ô, Messager d’Allâh ?” Il dit : “Envers Allâh, envers Son Livre, envers Son Messager, envers les dirigeants des musulmans et envers le commun des musulmans.” »(2) Il faut lui venir en aide comme il sied, car le Prophète صَلَّى اللهُ عليه وآله وسَلَّم a dit : « Secours ton frère, qu’il soit injuste ou lésé. Ils dirent : “Nous le secourons lorsqu’il est lésé, mais comment le secourir lorsqu’il est injuste ?” Il dit : “Tu l’empêches de commettre son injustice.” »(3)et Il صَلَّى اللهُ عليه وآله وسَلَّم dit également : « Nulle douceur ne se trouve pas dans une chose sans qu’elle ne l’embellisse. »(4)

Si l’on est incapable de changer le mal par la parole, alors, on se contentera de le faire par le cœur et c’est là le plus faible degré de la foi, comme il est dit dans un hadith. Le Prophète صَلَّى اللهُ عليه وآله وسَلَّم a dit : « Lorsqu’un méfait est commis sur terre, celui qui le voit et le réprouve – il dit une autre fois : le déteste – est comme celui qui n’y a pas assisté et celui qui n’y a pas assisté mais qui en est satisfait est comme celui qui l’a vu. »(5) Tout cela afin de ne pas renoncer à ordonner le bien et à interdire le mal et d’éviter d’encourir le châtiment. Le Prophète صَلَّى اللهُ عليه وآله وسَلَّم a dit : « Par Celui dans la main de qui est mon âme, vous ordonnerez le bien et interdirez le mal, sinon Allâh ne tardera à vous envoyer un châtiment de Sa part ; vous L’invoquerez alors et Il ne vous répondra point. »(6) C’est de cette façon que se conduisaient les enfants d’Israël vis-à-vis de ce qu’Allâh leur interdisait. Allâh عزّ وجلّ dit :

﴿لُعِنَ الَّذِينَ كَفَرُواْ مِن بَنِي إِسْرَائِيلَ عَلَى لِسَانِ دَاوُودَ وَعِيسَى ابْنِ مَرْيَمَ ذَلِكَ بِمَا عَصَوا وَّكَانُواْ يَعْتَدُونَ كَانُواْ لاَ يَتَنَاهَوْنَ عَن مُّنكَرٍ فَعَلُوهُ لَبِئْسَ مَا كَانُواْ يَفْعَلُونَ﴾ [المائدة: 78-79]

Sens du verset :

Ceux qui ont mécru parmi les enfants d’Israël ont été maudits de la bouche de Dâwoûd et de ‘Îsâ, fils de Maryam ; il en fut ainsi car ils désobéissaient et transgressaient ; ils ne s’interdisaient pas mutuellement le mal qu’ils faisaient. Quel mauvais agissement que le leur !﴿ [s. Al-Mâ’ida (la Table Servie) : v. 78-79]

Le Prophète صَلَّى اللهُ عليه وآله وسَلَّم a dit : « Il n’est pas un prophète qu’Allâh ait envoyé avant moi sans qu’il n’ait eu des apôtres et des compagnons qui adoptent sa voie et suivent son ordre ; puis, des générations leur succèdent, qui disent ce qu’ils ne font pas et font ce qui ne leur a pas été ordonné. Celui qui les combat par la main est un croyant ; celui qui les combat par la parole est un croyant et celui qui les combat par son cœur est un croyant. En dessous de cela, il n’existe pas le moindre grain de foi. »(7)

Nous implorons Allâh de raffermir celui qui est réformateur et de lui adjoindre force et détermination, de guider l’égaré pour le sortir de son état, de nous aider, tous, à nous accrocher à Sa corde solide, de nous aider à nous entraider dans la piété et la crainte et de nous aider à s’enjoindre mutuellement la vérité et la patience, c’est Lui qui est capable de cela.

Le savoir parfait appartient à Allâh, et notre dernière invocation est qu’Allâh, Seigneur des Mondes, soit loué et que prière et salut soient sur notre Prophète, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu’au Jour de la Résurrection.

 

Alger, le 22 de Safar 1417 H,
correspondant au 11 mars 2007 G.

 


(1) Rapporté par : Mouslim (6804), Aboû Dâwoûd (4609), At Tirmidhi (2674), Ibn Mâdjah (206) et Ahmad (8915), d’après Aboû Hourayra رضي الله عنه.

(2) Rapporté par : Mouslim (205), Aboû Dâwoûd (4946), At-Tirmidhî (1926), An-Naşâ’î (4214), Ahmad (17403) et Al-Houmaydî dans son Mousnad (875, d’après Tamîm Ad-Dârî رضي الله عنه.

(3) Rapporté par : Al-Boukhârî (2443), At-Tirmidhi (2421) et Ahmad (13421), d’après Anas ibn Mâlik ; rapporté aussi par Mouslim (6582), d’après Djâbir رضي الله عنه.

(4) Rapporté par : Mouslim (6602), Aboû Dâwoûd (2478) et Ahmad (25181), d’après ‘Â’icha رضي الله عنها.

(5) Rapporté par : Aboû Dâwoûd (4345) et At-Tabarânî (345), d’après Al-‘Irs Ibn ‘Oumayra Al-Kindî رضي الله عنه; jugé haşane (bon) par Al-Albânî dans Sahîh Al-Djâmi‘ (702) et dans Sahîh Sounane Abî Dâwoûd (4345).

(6) Rapporté par : At Tirmidhi (2169) et Ahmad (22816), d’après Houdhayfa رضي الله عنه ; jugé haşane (bon) par Al-Baghawî (7/357) et Al Albânî dans Al Michkât (5068).

(7) Rapporté par Mouslim (50) et Ahmad (4375), d’après ‘Abd Allâh Ibn Mas‘oûd رضي الله عنه.