Conseil à une femme qui a perdu son fils | Le site officiel du Cheikh Mohamed Ali FERKOUS
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Mardi 8 Rabî` Eth-Thânî 1442 H - 24 novembre 2020 G

Fatwa n° 249
Catégorie : Fatwas relatives à la Famille – La femme

Conseil à une femme qui a perdu son fils

Question :

Je commence, après avoir louangé et prié
sur Mouhammad, meilleur Prophète envoyé.
 

Cela dit, que le salut, la miséricorde et la bénédiction d’Allâh soient sur vous. Vertueux cheikh Mouhammad ‘Alî Ferkoûs – qu’Allâh vous préserve –.

Une maman veut avoir de Votre Éminence une réponse complète et apaisante pour que son cœur soit tranquille, qu’Allâh vous bénisse.

J’étais étudiante au sein de votre université. J’ai abandonné les études. Après une année, je me suis mariée et j’ai habité avec des gens ignorants (des campagnards) dans un habitat précaire. Après cela, j’ai eu un enfant, amour de mon cœur et joie de mes yeux, éduqué en mon sein. Je n’étais point insouciante envers lui, le temps d’une seconde. J’étais à la fois pour lui une maman, une petite fille et une enseignante. Je lui apprenais le Coran et les formules d’invocation. Il était paré de toutes les bonnes qualités. Il me comblait de bonheur à la maison, au point qu’il m’appelait « ma mère ma vie » (alors qu’il n’avait que deux ans et demi).

En revanche, 15 jours avant son décès, ma voisine est venue pour que je lui donne la pierre d’alun, car un de ses enfants était malade. Cette voisine me détestait. Et j’ai su cela par sa langue et ce n’est pas une hallucination. Après un court moment, j’ai senti une odeur très désagréable chez moi, et j’ai eu très peur d’elle, et j’avais l’impression que cette recette était mijotée contre mon fils. Depuis ce jour, mon fils a complètement changé. Il répétait souvent : « laisse-moi faire ce que je veux » ; il aimait sortir, jouer, et quand il dort, il ne se réveille pas et c’est moi qui le réveille, son visage et son corps ont changé, et encore et encore et encore…      

Le mercredi 18 aout, j’ai vu en rêve un djinn femelle entrer chez moi et m’arracher une chose qui m’est très chère, mais je ne savais pas laquelle. La dernière sortie de ce djinn-femelle est la même que celle de mon fils ; Il est sorti de la maison pour la dernière fois. Il m’embrassa sur mon front et sortit comme d’habitude pour s’assoir sur seuil la porte. Un enfant des voisins, qui ne dépassait pas les neuf ans, l’appela. Je voyais cela sans que je prononce le moindre mot. Je rentrai ensuite à la maison, et je sentis quelque chose m’étrangler. Soudain, je sortis, comme si une chose vient m’éveiller. J’appelai mon fils que je ne trouvai pas. Aussitôt, l’information du décès de mon fils, joie de mes yeux, me parvint ; on l’a jeté dans une fosse, loin de la maison, d’une profondeur de 40 mètres.

Ô cheikh, j’ai une foi profonde au destin, qu’il me soit favorable ou défavorable ; seul ce qu’Allâh nous a prescrit peut nous atteindre. Mais, pour que soit tranquille mon cœur, je vous dis :

Est-ce que mon fils est mort parce qu’il était ensorcelé ? Est-il mort parce que je l’ai laissé sortir ? Est-il mort parce que le fils des voisins est inique ? Quel est le jugement que réserve notre Charia pour celui qui tue une âme, innocente et pure ?

Je veux un conseil de Votre Éminence, pour que je ne dise pas un jour : pourquoi n’ai-je pas fait cela, et pourquoi ai-je fait cela, et encore et encore… ?

Réponse :
Louange à Allâh, Maître des Mondes ; et paix et salut sur celui qu’Allâh a envoyé comme miséricorde pour le monde entier, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu’au Jour de la Résurrection. Cela dit :

Sache – qu’Allâh te donne patience et une meilleure substitution – que la patience est le meilleur don et la plus grande bienfaisance qui soit donnée à un être humain. Il est authentiquement rapporté que le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّمa dit : «Étonnant est le cas du croyant ! Toutes ses situations tournent autour du bien ; cela n’est donné que pour le croyant. S’il est touché par un bien, il remercie [Allâh], et cela est un bien pour lui ; s’il est atteint par un mal, il patiente, et cela est un bien pour lui.»(1) Ainsi que les paroles adressées par le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّمà sa fille – lorsqu’elle l’appela pour qu’il assiste à l’agonie de son fils – ; il lui dit [à l’émissaire envoyé] : « Retourne à elle et dis-lui qu’une chose prise par Allâh, elle Lui appartient, et ce qu’Il donne Lui appartient également, et auprès de Lui toute chose a un terme bien prescrit. Tu lui recommandes de patienter et d’espérer [la rétribution d’Allâh]. »(2)

Le degré de patience qu’on pratique dans les moments difficiles est atteignable quand on délaisse l’affliction, l’excès de récrimination, les apparences moroses, les changements d’habitude dans la nourriture, les habits et la literie. C’est pourquoi il est obligatoire de se montrer satisfait du décret d’Allâh عزّ وجلّ, de s’attacher aux habitudes qu’on fait ordinairement sans qu’il y ait de changement, d’éviter ce que j’ai précédemment évoqué et ne pas accuser les gens en ayant une mauvaise intention à leur encontre – tant qu’il n’y a pas d’investigation –. Avoir le cœur brisé et des larmes abondantes [suite à cet accident] ne s’oppose point au statut de satisfaction [face au décret divin], car cela relève de la nature humaine. Je termine ma parole-ci par un hadith rapporté par El-Boukhârî et d’autres savants, selon Anas Ibn Mâlik, que sa mère, Oum Soulaym bint Malhân Al-Ansâriya رضي الله عنهاa dit : « Un de mes enfants meurt alors que mon époux Aboû Talha était absent. Je l’ai emmitouflé dans un coin de la maison. Aboû Talha rentra et je lui ai préparé son dîner ; il commença alors à manger. Il me dit : « comment va l’enfant ? » je dis : « il va très bien, par les louanges et la bienfaisance d’Allâh. Depuis qu’il était malade, il n’a jamais été plus tranquille que cette nuit. » Alors, je me suis enjolivée d’une façon plus belle que jamais, au point qu’il a eu ce qu’il voulait de moi ; puis j’ai dit : « n’es-tu pas étonné de nos voisins ? » Il dit : « qu’est-ce qu’ils ont ? » Je répondis : « ils ont touché un prêt, et quand on leur a demandé de le rendre, chose qu’ils ont faite, ils ont eu peur. » Il me dit : « quelle mauvaise action ont-ils faite. » Je dis alors : « Voici ton fils, il nous a été prêté par Allâh – qu’Il soit Très-Haut –, et Allâh l’a pris auprès de Lui. » [Aboû Talha] fait la louange d’Allâh et a dit : « Nous appartenons à Allâh, et c’est vers Lui que nous retournons. ». Le lendemain, il alla voir le Messager d’Allâh صلَّى الله عليه وسلَّمet l’informa [de ce qui s’est passé] ; le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم dit alors : « Ô Allâh, que soit bénie leur ladite nuit » Le narrateur de ce hadith dit : « après cela, j’ai vu à la mosquée sept enfants qui leur appartenaient ; ils avaient tous mémorisé le Coran. »(3)

Il y a peut-être dans ce récit un exemple de rappel suffisant. Nous demandons à Allâh – qu’Il soit Très-Haut – le Bienfaiteur de toutes Ses créatures, de t’accorder pleinement, pour ta patience, la récompense promise, citée dans Sa Parole عزّ وجلّ :

﴿إِنَّمَا يُوَفَّى الصَّابِرُونَ أَجْرَهُمْ بِغَيْرِ حِسَابٍ﴾ [الزمر: 10]

Sens du verset :

Et les endurants auront leur pleine récompense sans compter﴿[s. Az-Zoumar – les groupes – v. 10].

Nous Lui demandons également qu’Il nous pardonne et qu’Il nous protège dans notre religion, dans notre vie temporelle et dans l’au-delà. Que cela soit à nous et à tous les musulmans.

Le savoir parfait appartient à Allâh, et notre dernière invocation est qu'Allah, Seigneur des Mondes, soit loué et que prière et salut soient sur notre Prophète, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu'au Jour de la Résurrection. 

Alger, le 12 d’Al-Mouharram 1421 H,
correspondant au 18 avril 2000 G.
 


(1) Rapporté par Mouslim (2999), d’après Souhayb رضي الله عنه.

(2) Rapporté par Al-Boukhârî (7377) et Mouslim, d’après Ouşâma ibn Zayd رضي الله عنه

(3) Rapporté par Al-Boukhârî (1301) et Mouslim (2144), d’après Anas ibn Mâlik رضي الله عنه. Consulte les versions de ce récit et les termes avec lesquels il est rapporté dans Ahkâm Al-Djanâ’iz de cheikh Al-Albânî p. 35 et ce qui le suit.