La logique d’Aristote et l’impact de son infiltration des sciences islamiques | Le site officiel du Cheikh Mohamed Ali FERKOUS
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Jeudi 18 Safar 1441 H - 17 octobre 2019 G



La logique d’Aristote et l’impact de son infiltration des sciences islamiques

La réalité de la logique

Louange à Allah, Maître des Mondes, et paix et salut soient sur celui qu’Allah a envoyé en miséricorde pour le monde entier, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu’au Jour de la Résurrection. Ceci dit :

Les logiciens donnent une définition de la logique, en prenant en considération son fruit et sa valeur, et disent qu’elle est un instrument normatif dont la maîtrise préserve l’intelligence d’errer dans la démarche rationnelle. C’est la science pratique instrumentale(1), ancrée de façon innée dans l’esprit. Son domaine d’analyse comprend les données conceptuelles(2) et d’assentiment(3). Le rôle de la logique est d’aboutir au juste avis en évitant les erreurs de la pensée. La méthode utilisée pour parvenir à cette fin est de procéder à la confrontation des idées parcourant l’esprit en éliminant toute contradiction. C’est en raison de ce principe que la logique aristotélicienne fut appelée « Logique formelle », puisqu’elle s’occupe de la forme de la pensée et ne tient pas compte de son contenu et de son sens.

Aristote(4) fut désigné comme étant « Le Premier Maître ». Il fut - prétend-on - le premier à avoir formulé cet art instrumental. Il en établit les règles, cerna la terminologie, détermina les chapitres et les grandes lignes et considéra la logique comme étant la science fondamentale et introductive des sciences de la sagesse. La logique lui est donc attribuée de ce point de vue, et non pas parce qu’il en est le véritable initiateur et innovateur(5).

Les malheurs qui se sont abattus sur la nation musulmane en raison de la traduction des livres grecs

La nation musulmane fut rudement éprouvée par la traduction des livres grecs qui a commencé de façon modeste et réduite au cours du règne de la dynastie omeyyade. À cette époque-là, les hellénistes ne représentaient que peu de personnes. Ils se dissimulent des savants d’Ahl Es-Sounna Wal Djamâ`a (les Gens de la Sounna et à La Communauté). Ceux-ci prévenaient, en effet, les gens des dangers des sciences philosophiques dont les préceptes contredisent les dogmes religieux authentiques.

Cependant, au cours de la dynastie abbasside, les livres grecs traduits se répandirent. Ce mouvement de traduction s’accéléra encore plus au cours du règne du calife abbasside El-Ma'moûne, lorsqu’il souleva les questions hérétiques propres à certaines sectes : son attachement à la logique aristotélicienne et la manière dont il appelait à l’adopter fussent plus grands que son attachement à la science religieuse originelle des Salafs (Pieux Prédécesseurs)(6).

L’introduction de la logique au sein des sciences religieuses et plus particulièrement au sein de la science des fondements jurisprudentiels

Puis, l’introduction de la logique au sein des sciences religieuses, plus particulièrement au sein de la science des fondements jurisprudentiels, s’accéléra et se fit de manière plus éclatante et plus importante, par le biais d’Abou Hâmid El-Ghazzâli, décédé en l’an 505 de l’hégire. Il a, en effet, prétendu que sa maîtrise était nécessaire pour l’acquisition du savoir religieux et pour atteindre le degré permettant l’Idjtihâd (l’effort jurisprudentiel). Il en a fait la référence et la science étalon de toutes les sciences rationnelles en déclarant : « Celui qui ne la maîtrise pas (c’est-à-dire la prémisse), on ne pourra s’appuyer ou faire confiance à son savoir »(7).

Il a écrit, en outre, des livres appuyant son assertion, parmi lesquels on compte Mi`yâr El-`Ilm, Mihakk En-Nadhar, Maqâssid El-Falâssifa et El-Qistâs El-Moustaqîm et El-Moustasfâ(8). Au début de ce dernier, il a parlé de la logique.

Cette attitude influença de nombreuses personnes venues après lui qui imposèrent, ainsi, l’apprentissage de la logique comme étant une obligation. Ils en firent une discipline que doit absolument s’occuper au moins une frange des savants musulmans ou encore comme étant une condition sine qua non de l’Idjtihâd(9), en ce sens que toute personne ayant entrepris de gravir les marches de l’Idjtihâd ne pourrait être considérée comme apte à se prononcer sur les questions juridiques, ni à écrire des livres ni à émettre des fatwas sans avoir maîtrisé la logique. Dans ce contexte, Ibn Taymiya رحمه الله a dit : « Mais à cause de ces choses qu’il (El-Ghazzâli) a commises au cours de sa vie, et pour d’autres raisons, beaucoup de savants en religion se sont mis à introduire la logique grecque au sein de leurs sciences, à tel point que beaucoup de personnes de ces derniers siècles ont cru que la seule voie possible est celle suivie par ces gens-là »(10).

Ainsi, l’intérêt accordé par nombre d’auteurs à la logique aristotélicienne fut assez important au point de l’intégrer dans les sciences religieuses, plus spécifiquement au sein de la science des fondements jurisprudentiels. La raison en est qu’ils croyaient que les deux spécialités ont le même objectif, à savoir la connaissance des moyens et des méthodes permettant d’aboutir au juste avis.

Le fait que la logique se soit immiscée dans les sciences religieuses eut un effet néfaste et dévastateur. Il fut une des choses les plus déplorables qui nuisit à l’Islam et à ses adhérents. Les livres de la logique et de la philosophie ne furent cependant pas un objet de respect auprès des savants les plus éminents et les plus érudits qui s’accrochaient à la voie originelle de la vérité. La cause de ce rejet ne revient pas à l’origine de ces sciences, provenant de nations mécréantes ! Car, les savants ont bien accepté et adopté d’autres sciences valables telles que la médecine, les mathématiques, la géométrie et d’autres sciences. Mais la raison du rejet revient plutôt au refus de mélanger la logique avec le Coran et la Sounna. Ce mélange aurait instauré des modèles et des règles de la logique et de la philosophie elles-mêmes puisées dans les livres grecs, auxquels on aurait voulu faire plier le dogme des musulmans, clair et limpide pourtant. La logique d’Aristote aurait été alors le critère d’évaluation des sciences religieuses. Chaykh El-Islâm Ibn Taymiya رحمه الله a déclaré : « Il est interdit à une personne douée de raison de croire que l’étalon de la raison rationnelle révélée par Allah عزَّ وجلَّ soit la logique grecque, et ce, pour plusieurs raisons :

- La première est qu’Allah عزَّ وجلَّ a établi les justes normes rationnelles quand Il a révélé Ses Livres, bien avant qu’Il n’ait créé les Grecs ; et celles-ci existaient déjà à l’époque de Noûh (Noé), d’Ibrâhîm (Abraham), Moûssa (Moïse) et d’autres Prophètes عليهم السلام. Or, cette logique grecque n’a été établie par Aristote que trois siècles avant le Christ : comment pourrait-on alors oser affirmer que les premières nations l’utilisaient déjà ?

- La deuxième raison est que notre nation jugeait les choses rationnellement ; et personne n’a entendu un des premiers savants parler de cette logique grecque. Mais, la réalité est qu’elle n’est apparue en Islam qu’à partir du moment où les livres romains ont été traduits, c’est-à-dire à l’époque du règne du calife El-Ma'moûne ou à une époque proche.

- La troisième est que les savants musulmans n’ont pas cessé, après la traduction des œuvres de la logique et après qu’ils prirent connaissance de sa réalité, de critiquer cette logique, de la désapprouver et de s’en éloigner et de s’écarter de ses tenants en ce qui concerne leurs jugements rationnels et religieux... Quant à cette logique, on en fait la règle sous la coupe de laquelle devraient se retrouver toutes les règles rationnelles et normes de la raison. Ils ont prétendu qu’elle un instrument normatif dont la maîtrise préserve l’intelligence d’errer dans la démarche rationnelle. Mais la réalité est toute autre, car si on prétend qu’une règle en nécessite une autre, [celle-ci en nécessitera aussi une autre et ainsi de suite], on tombera alors dans un enchaînement infini »(11).

Parmi les conséquences néfastes de l’introduction des œuvres grecques dans la science des fondements jurisprudentiels, citons la dénaturation du dogme islamique par l’introduction d’implications erronées dont le contenu constitue un démenti au Coran et va à l’encontre de la raison. Par exemple, croire que le monde est sans commencement et qu’Allah n’ait pas précédé l’existence du monde chronologiquement, quoiqu’Il l’ait précédé rationnellement, à l’instar de la conclusion qui est précédée rationnellement par la prémisse ; mais cela n’implique pas que la prémisse précède l’introduction réellement en chronologie.

Et parmi les plus mauvaises intentions entretenues envers Allah, on compte le fait de croire que son savoir se limite à la connaissance des choses de façon universelle et non pas particulière. On justifie le rejet de Son savoir particulier en disant que les choses particulières changent et que si le savoir d’Allah y dépend, il change forcément, car les choses connues changent(12).

Parmi les égarements que l’on émit aussi, on compte la réfutation des attributs d’Allah عزَّ وجلَّ affirmés. On Lui attribue « La négation pure », sous prétexte qu’il ne peut provenir de l’Unique que ce qui est unique, car si deux choses provenaient de Lui, Son caractère unique serait alors remis en question. C’est ainsi qu’ils rejetèrent le fait qu’Il soit doué de volonté et d’action. Ils réfutèrent les Attributs d’Allah عزَّ وجلَّ par peur de l’assimiler aux esprits célestes ou humains, mais sombrèrent, en fin de compte, dans son assimilation aux choses inertes. En somme : « L’égarement des philosophes au niveau des questions relatives à Allah apparaît clairement pour la plupart des gens. C’est pour cette raison que l’ensemble des savants musulmans les a déclarés mécréants »(13).

Il y a une autre croyance néfaste également qui est la réfutation du concept de la Prophétie qu’ils considèrent comme un état pouvant être acquis à force d’exercice. La Prophétie, pour eux, n’est pas un don accordé par Allah عزَّ وجلَّ à certaines de ses créatures.

Aussi, les textes religieux ayant été rapportés avec des chaînes de narrations dites Moutawâtir(14) sont considérés par les logiciens comme sujets à caution ; et selon eux, ces textes ne concernent que ceux qui les connaissent et ne représentent aucun argument contre ceux qui ne les connaissent pas.

Ceci n’est qu’une partie de l’ensemble des conséquences néfastes de la logique aristotélicienne sur la communauté musulmane dont il a provoqué la dissension, la perturbation du dogme, l’affaiblissement et la division.

L’hésitation, le doute, la discorde et la perplexité sont des traits propres aux logiciens et à ceux qui s’occupent de la logique. Il est pratiquement impossible de trouver deux personnes se concordant au sujet d’un avis. Ceci est vrai même en ce qui concerne ce qui est appelé « Axiomes » et « Certitudes » chez les logiciens. Ibn Taymiya رحمه الله a décrit les apôtres de la logique ainsi : « Ceux, parmi les logiciens, qui s’intéressent au savoir et s’en occupent sont comptés, malgré cela, parmi les personnes les plus soumises au doute, à l’hésitation. Ils sont, par rapport aux autres érudits, les moins connaisseurs et rigoureux et les plus éloignés de l’acquisition du savoir utile. Et s’il se trouve que l’un d’eux acquière un certain savoir, cela n’est dû qu’à la validité de la question traitée, des preuves analysées et aussi de son intelligence et de sa perception, et non pas grâce au recours à la logique. Bien au contraire, l’introduction de la logique au sein des sciences authentiques n’a fait que prolonger les discussions, multiplier les discours, compliquer les questions simples de la science qui devinrent alors plus complexes, et celles qui étaient aisément abordables devinrent plus ardues. Pour cela, on trouve que ceux qui l’ont introduite dans la scolastique, dans les fondements jurisprudentiels, dans les questions qui sont l’objet de divergence et autres n’ont apporté que de multiples paroles et élucubrations accompagnées d’un manque de savoir et d’un manquement à la rigueur scientifique. Tout cela démontre que cette logique est une véritable redondance et l’une des voies les plus éloignées de la voie des gens doués de raison »(15).

Un patriarche byzantin déclara : « Jamais ces disciplines (sciences philosophiques) n’ont pénétré une nation de religion sans y semer la corruption et la discorde entre ses savants »(16).

Autres conséquences néfastes de la logique aristotélicienne sur l’Islam et les musulmans : le manque de considération pour le Coran et la Sounna par ceux qui sont ébahis par la scolastique qui, leurrés par les règles rationnelles soumises à la logique, la favorisèrent au détriment des textes religieux. Les textes religieux ne devinrent à leurs yeux que des éléments subsidiaires et secondaires visant à appuyer, en cas de conformité, les preuves rationnelles. Mais en cas de non-conformité, ce sont les textes religieux qui sont strictement rejetés par l’invalidation de leur contenu et de leur sens, ou alors de leur interprétation de façon à leur octroyer un sens qui serait conforme -selon eux- à « La raison », qui est elle-même guidée par les règles de la logique, car, pour eux, la raison ne prête pas à équivoque, contrairement aux textes du Coran et de la Sounna qui y prêtent. Or, la règle dicte que ce qui prête à équivoque ne peut opposer ou résister devant ce qui n’y prête pas. Tout cela les a conduits en fait à se passer des textes de la révélation et à se suffire des avis humains, des syllogismes des logiciens et des autres absurdités philosophiques. Cela les a amenés aussi à s’éloigner de la recommandation du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم faite pour cette nation ; cette dernière, s’il elle s’attache au Coran et à la Sounna, y recoure en cas de divergence et s’éloigne des égarements et des hérésies, elle sera sauvée et bien guidée.

Ibn Taymiya رحمه الله a dit à ce sujet : « Parmi les principes consensuels entre les Compagnons du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم ceux qui les ont suivis comme il se doit est le fait que l’on n’accepte point que quelqu’un contrarie le Coran, que ce soit par son opinion, son goût, sa raison, par une analogie ou par ses sentiments. Ces gens-là ont pris connaissance de preuves éclatantes et de signes évidents que le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a apporté la bonne voie et la véritable religion, et que le Coran guide vers le chemin le plus droit »(17).

L’indépendance des sciences de la logique grecque

Cela dit, la logique est un système de pensée adapté à la pensée et à l’environnement idéologique des Grecs dans lesquels elle s’est développée, alors que ce peuple était un peuple polythéiste et laïc.

À cette époque, la pensée grecque était très proche de l’idée abstraite et de la dialectique idéaliste. Or, l’idéalisme s’éloigne de la réalité et traite de concepts n’ayant d’existence que dans l’esprit. La logique traite des concepts généraux et des jugements et ne s’implique point dans le détail des choses ou dans leur description(18). Cette époque passée, la logique fut alors inadaptée et révolue.

De plus, nous pouvons affirmer que la logique grecque a joué un rôle certain dans la décadence de la Grèce antique et dans le retard qu’elle avait pris ensuite au niveau de la civilisation et de l’urbanité envers lesquelles elle avait, d’ailleurs depuis un certain moment, pris ses distances. Elle s’était éloignée aussi des sciences pratiques et appliquées en limitant la pensée et les efforts scientifiques au domaine métaphysique.

Ce n’est qu’après la double révolution menée contre l’autorité intellectuelle représentée par les tenants de la logique aristotélicienne et l’autorité religieuse représentée par le clergé que purent s’accomplir la renaissance scientifique et le renouveau de la civilisation(19).

Les sciences et le savoir se développèrent donc avant l’apparition de la logique et avant que les gens l’eussent connue, et même après sa disparition. Chaykh El-Islâm Ibn Taymiya, exprimant cet état de fait, déclare : « Nous n’avons vu personne sur terre maîtrisant une science ou un savoir, qu’il soit religieux ou non, devenir une autorité et une sommité scientifique grâce à la logique. Les médecins, mathématiciens, écrivains et autres personnages intellectuels n’ont pas acquis leur science et leur savoir-faire par le biais de la logique. De nombreux ouvrages ont, d’autre part, été écrits par des savants musulmans dans diverses disciplines : la grammaire, la versification et la métrique de la poésie, la jurisprudence, la science des fondements jurisprudentiels et toutes les autres branches scientifiques et disciplines. Mais aucun des différents maîtres dans ces domaines ne s’intéressait à la logique. Bien plus que cela, la majorité de ces personnes éminentes existèrent avant que la logique grecque ne soit connue »(20).

Imposer la logique comme étant un élément introductif nécessaire à toutes les sciences, y compris les sciences religieuses, est une chose qui n’a aucun intérêt, mais qui, au contraire, entraîne de nombreuses et fâcheuses conséquences : elle n’amène que perte de temps, épuisement des esprits, profusion de déraisonnements et n’est, enfin, qu’une série de prétentions mensongères de la part de ses apôtres incapables d’éclaircir parfaitement les questions.

Questionné au sujet des livres de la logique et de la validité de l’avis de ceux qui disent que l’acquisition de la logique est une condition préalable à l’acquisition de toutes les autres sciences, Ibn Taymiya رحمه الله a répondu : « D’un point de vue religieux, chaque musulman sait, de façon naturelle et qui n’échappe à personne, qu’Allah عزَّ وجلَّ n’a pas fait de la logique grecque une obligation pesant sur les épaules des savants et des croyants.

Et pour juger le fond de la logique, nous dirons qu’une partie en est juste, tandis que l’autre ne l’est pas. Toutefois, la plupart de la partie qui en est juste est inutile. Enfin, la portion utile est en fait accessible par d’autres moyens que la logique par la plupart des gens normaux dont l’esprit ne s’est pas altéré. Les simples d’esprit ne tirent pas profit de cette logique, tandis que les personnes intelligentes n’en ont pas besoin. Les dommages qu’elle provoque au sein de ceux qui ignorent les enseignements des Prophètes sont plus grands que les éventuels bénéfices qu’elles pourraient leur amener, car elle contient tant de règles fausses et déroutantes qui ont trompé nombre de personnes honorables, les poussant à l’hypocrisie et altérant leur savoir de façon néfaste.

Quant à ceux qui prétendent que la logique est dans sa totalité une science juste, leurs paroles sont nulles et non avenues. La réalité est tout à fait autre, puisqu’au sein de leurs discours relatifs à la définition, aux attributs intrinsèques, aux attributs occasionnels, à la classification de l’analogie et à la preuve et ses sources, on trouve des aberrations que nous avons mises en évidence ailleurs(21). Les savants musulmans ont, de même, mis en évidence ceci(22) »(23).

La fin de ceux qui ont emprunté le chemin de la logique grecque et en ont fait leur référence

Cela dit, nous noterons que des fruits amers furent récoltés par ceux qui firent des règles philosophiques et des raisonnements logiques le repère et la référence avec lesquels ils jugent les choses. Allah fit qu’ils sombrèrent dans un abîme de doutes, de délire et de perplexité. Ils ont préféré cette voie à celle, limpide, léguée par le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم, tellement claire que sa nuit [par sa clarté] ne se distingue pas de son jour et dont personne ne se démarque sans périr.

Le savant Ibn El-Qayyim رحمه الله a dit : « Par Allah, la clarté de l’aube a été perçue par ceux dont les deux yeux sont voyants, et la bonne voie se distingue de ce qui est égarement chez ceux dont l’ouïe est parfaite. Mais, hélas, les vents rageurs des illusions, des innovations religieuses et de divers courants idéologiques perturbèrent les cœurs. Les portes d’accès à la raison se virent obstruées et leurs clefs perdues. L’enveloppe des fautes couvrit les cœurs, qui se trouvèrent, en outre, prisonniers des gens et de leurs avis. Les vérités du Coran et de la Sounna ne purent plus accéder à ces cœurs. Les maux de l’ignorance et différents troubles les contrôlèrent et les empêchèrent de profiter de toute subsistance bénéfique. Quand bien est-il étonnant de voir ces gens qui ont fait de ce qui n’apporte ni rassasiement ni croissance leur subsistance, une subsistance qui est, en l’occurrence, formée par l’ensemble de ces idéologies qu’ils ont adoptées à la place du Coran et de la Sounna éminente dont ils refusent par contre de profiter ! »(24).

Beaucoup de personnes, parmi celles qui furent influencées par la logique et la scolastique et en explorèrent secrets et recoins, reconnurent, par la suite, la nuisance des modèles philosophiques et des voies logiques qu’elles avaient empruntées et qui ne peuvent ni guérir les maux, ni désaltérer quiconque de sa soif. Ces personnes revinrent au droit chemin, celui de la vérité, après qu’elles se soient rendu compte de la contradiction de la logique et de l’absence de son bien-fondé.

Citons parmi ces personnages : Nou`aym Ibn Hammâd (décédé en 229 de l’hégire), Abou El-Hassane El-Ach`ari (décédé en 324 de l’hégire), Abou El-Ma`âli El-Djouwaynî (décédé en 474 de l’hégire), Abou Hâmid El-Ghazzâli (décédé en 505 de l’hégire) et bien d’autres personnages(25).

El-Ghazzâli a critiqué vivement la logique et ses tenants, en insistant sur le fait qu’elle ne permet pas d’accéder à la certitude au niveau de la connaissance. Il a réfuté plus spécifiquement les méthodes philosophiques, en démontrant leur incapacité d’apporter à l’homme des enseignements certains concernant la connaissance d’Allah عزَّ وجلَّ. Il dit dans ce contexte : « Ils commettent une sorte d’injustice en ce domaine. Car, pour que la preuve soit valable, ils exigent des conditions par lesquelles on aboutit à la certitude sans coup férir. Mais dès qu’ils appliquent ceci aux questions religieuses, ils se trouvent incapables de réunir ces conditions et font preuve d’une négligence inouïe »(26).

Critiquant la voie des scolastiques et parlant des conséquences néfastes de la scolastique, il a déclaré : « Quant à ses conséquences néfastes, citons : le soulèvement de questions ambiguës et la falsification du dogme originel en le rendant sujet à caution. Ceci se produit au commencement seulement. De plus, il est douteux qu’elle aboutisse à un résultat avec la preuve requise ; et cela fait la divergence des gens. Ainsi est l’aspect néfaste de la scolastique sur les convictions authentiques. Un autre aspect néfaste se révèle au niveau du renforcement des innovations dans la religion, qui se trouvent amplifiées et ancrées dans les esprits des gens ; leur enthousiasme envers elles s’intensifie, et ils se fanatisent encore plus pour elles. Ce dernier aspect apparaît, généralement, suite aux éventuelles discussions qui engendrent des états d’esprit entêtés et aveuglément obstinés »(27).

Dans un autre livre Ildjâm El-`Awâm `Ane `Ilm El-Kalâm, El-Ghazzâli رحمه الله déclare : « Les preuves établissent le fait que la doctrine des Salafs est la vérité et que ce qui va à son encontre constitue une innovation en religion. Or, toute innovation dans la religion est réprouvée et constitue un égarement certain »(28).

Ailleurs, il déclare : « Les Compagnons رضي الله عنهم du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم ont eu à discuter avec juifs et chrétiens afin de les convaincre de l’authenticité de la prophétie de Mouhammad صلَّى الله عليه وسلَّم et n’ont pas eu recours à autre chose que les arguments du Coran. Ils n’ont nullement emprunté de chemins tortueux en établissant des critères rationnels ou en édictant de quelconques préambules. Et ce, parce qu’ils savaient que ceci n’aurait attiré que corruption et discorde. Et puis, quiconque ne saurait être convaincu par les arguments du Coran ne pourrait l’être que par la force de l’épée et du fer, car il n’est point d’évidence prévalant contre l’évidence d’Allah »(29).

Voici donc, citées, quelques confessions de ceux qui se conformèrent finalement à la recommandation du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم de ne s’attacher qu’au Coran et à la Sounna, et de se cramponner au lien établi par Allah عزَّ وجلَّ, et de ne point provoquer de discorde. Ces gens, après avoir erré dans les steppes de la scolastique, réalisèrent la corruption à laquelle mènent ces voies et comprirent que le fait de les emprunter n’apporte que harassement et accablement physique en échange d’un maigre butin que l’on pourrait comparer à « La viande d’un maigre dromadaire déposée sur une montagne difficile d’accès et à laquelle on ne pourrait accéder facilement ; en tous les cas, la viande ne mériterait donc pas de se donner la peine de la déplacer »(30).

Qu’Allah soit généreusement Clément envers les savants qui s’accrochent à la Sounna et au Hadith qui, en toute époque, supportent la vérité et appellent les gens à l’adopter ; ils remplissent l’obligation pesant sur eux de bien conseiller les gens et de transmettre la religion en repoussant d’elle les tentatives d’altération commises par les personnes trop zélées, ainsi que les déviations provoquées par les sectes hérétiques jusqu’à ce que ne règne sur terre que la religion d’Allah.

Notre dernière invocation est qu’Allah, le Seigneur des Mondes, soit loué et que paix et salut soient sur notre Prophète Mouhammad, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu’au Jour de la Résurrection.

Alger le 20 Djoumâda El-Âkhira 1427 H
Correspondant au 16 juillet 2006 G

 



(1) Voir : Et-Ta`rîfât d’El-Djourdjâni (p.232).

(2) La connaissance conceptuelle est le fait de concevoir la réalité des choses, indépendamment de tout jugement positif ou négatif. Pour arriver à cette connaissance, on recourt à la définition qui est le propos indiquant la réalité de la chose [Voir : la source précédente (p.59 et p.83) et El-Koulliyyât d’Abou El-Baqâ' El-Kafawi (p.290)].

(3) La connaissance d’assentiment est le fait d’attribuer un jugement à la chose conçue. Pour arriver à cette fin, on recourt au syllogisme : qui est un énoncé composé de propositions qui, une fois admises, entraînent nécessairement une autre proposition [Voir : la source précédente (p.181) et El-Koulliyyât d’Abou El-Baqâ' El-Kafawi (p.290)].

(4) Aristote ou Aristoteles : est un philosophe grec, et l’un des plus grands philosophes à l’échelle universelle. Il est considéré comme étant « Le principe des philosophes ». Les premières œuvres de la pensée islamique ont été influencées, tôt, par ses ouvrages philosophiques concernant la logique, les sciences physiques, la théologie et l’éthique. Parmi ses œuvres, citons : La dialectique, La politique, Traité de l’âme, La métaphysique et l’Organon. Il décéda en 322 av. J.-C. [Voir : El-Fihrist d’Ibn En-Nadîm (p.307) et Le Robert encyclopédique des noms propres d’Alain Rey et de Paul Robert (p.104)].

(5) Voir : El-Milal Wan-Nihal d’Ech-Chahrastâni (2/156) et El-Mouqaddima d’Ibn Khaldoûne (p.462).

(6) Voir : Madjmoû` El-Fatâwa d’Ibn Taymiya (9/265) et Sawn El-Mantiq Wal-Kalâm `An Fane El-Mantiq Wal-Kalâm d’Es-Souyoûti (p.12).

(7) Voir : El-Moustasfâ d’El-Ghazzâli (1/10) et Madjmoû` El-Fatâwa d’Ibn Taymiya (9/184).

(8) Voir : El-Moustasfâ d’El-Ghazzâli (1/10).

(9) Voir : Madjmoû` El-Fatâwa d’Ibn Taymiya (9/172).

(10) Ibid. (9/185).

(11) Ibid. (9/240-241).

(12) Cette fausse pensée et celle d’avant ont été reprochées aux philosophes par El-Ghazzâli. Il les a d’ailleurs déclarés mécréants en raison de cette croyance dans son livre Tahâfout El-Falâssifa (p.88 et 506).

(13) Voir : Madjmoû` El-Fatâwa d’Ibn Taymiya (9/187).

(14) Une tradition Moutawâtir : est une tradition rapportée par un groupe de narrateurs d’après un autre groupe qu’il est normalement impossible d'arranger un mensonge à son propos.

(15) Voir : Madjmoû` El-Fatâwa d’Ibn Taymiya (9/23-24).

(16) Voir : Sawn El-Mantiq Wal-Kalâm Min Fane El-Mantiq Wal-Kalâm d’Es-Souyoûti (p.9).

(17) Voir : Madjmoû` El-Fatâwa d’Ibn Taymiya (13/28).

(18) Voir : El-Mouqaddima d’Ibn Khaldoûne (483-484), El-Mantiq El-Hadîth de Mahmoûd Qâssim (p.11).

(19) Voir : El-Ghazw El-Fikri de `Ali Labbane (p.42).

(20) Voir : Madjmoû` El-Fatâwa d’Ibn Taymiya (9/23).

(21) Ibn Taymiya رحمه الله a, en effet, mis ceci en évidence dans les ouvrages utiles suivants : Er-Radd `Ala El-Mantiquiyyîne, Naqdh El-Mantiq, Nasîhat Ahl El-Îmâne Fi Er-Radd `Ala Mantiq El-Yoûnâne, Naqdh Ta'sîs El-Djahmiyya et finalement : Dar' Ta`âroudh El-`Aql Wan-Naql.

(22) Les savants attachés à la Sounna et aux hadiths du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم ont fourni des efforts pour exposer les erreurs des innovations religieuses et avertir la nation de leurs dangers et de leurs conséquences néfastes. Ils ont écrit des ouvrages dans lesquels ils ont réfuté les prétentions des dialecticiens et des philosophes et où ils ont répondu aux illusions et leurres que ceux-ci ont soulevés, et ce, d’une façon ôtant toute excuse aux égarés et clarifiant parfaitement la vérité. Ajoutons aux ouvrages d’Ibn Taymiya, cités auparavant, les ouvrages suivants : Es-Sawâ`iq El-Moursala `Ala El-Djahmiyya Wal-Mou`attila d’Ibn Qayyim El-Djawziyya, El-Ghounya `Ani El-Kalâm Wa Ahlih d’Abou Soulaymâne El-Khattâbi, Tardjîh Assâlîb El-Qor'ân `Ala Assâlîb El-Yoûnâne d’Ibn El-Wazîr, et les livres suivants de Djalâl Ed-Dîne Es-Souyoûtî : El-Qawl El-Mouchriq Fi Tahrîm El-Ichtighâl Bil-Mantiq, Sawn El-Mantiq Wal-Kalâm `Ane Fane El-Mantiq Wal-Kalâm et Djouhd El-Qarîha Fi Tadjrîd En-Nassîha ; et enfin : parmi les livres d’Abou Hâmid El-Ghazzâli : Tahâfout El-Falâssifa et Ildjâm El-`Awâm `Ane `Ilm El-Kalâm.

(23) Voir : Madjmoû` El-Fatâwa d’Ibn Taymiya (9/269-270).

(24) Voir : Idjtimâ` El-Djouyoûch El-Islâmiyya `Ala Ghazw El-Mou`attila El-Djahmiyya d’Ibn El-Qayyim (p.63).

(25) Voir d’autres exemples de scolastiques qui se sont rétractés et ont rejoint la voie de la vérité dans : Charh El-Aqîda Et-Tahâwiyya d’Ibn Abi El-`Iz (p.208-209).

(26) Voir : El-Mounquidh Mina Edh-Dhalâl d’El-Ghazzâli (p.93).

(27) Voir : Ihyâ' `Ouloûm Ed-Dîne d’El-Ghazzâli (1/96-97).

(28) Voir : Ildjâm El-`Awam `Ane `Ilm El-Kalâm d’El-Ghazzâli (p.65).

(29) Ibid. (p.89 et 90).

(30) Extrait du hadith connu sous le nom de hadith d’Oum Zar` que rapporta El-Boukhâri (9/254), chapitre du « Mariage », concernant le bon comportement du mari envers sa femme. Il est rapporté aussi par Mouslim (15/612), chapitre des « Mérites des Compagnons », concernant le hadith d’Oum Zar`. En-Nawawi dit, dans Charh Mouslim (15/213), en expliquant ce hadith : « C’est-à-dire que [les qualités de ce mari] sont négligeables, car on le compare à la viande de dromadaire et non pas à la viande de mouton ; et parce qu’il est maigre et frêle et que (sa femme) le décrit comme étant difficilement accessible : on n’y parvient qu’avec des efforts intenses. Il est, comme cette viande qui n’est pas de qualité et qui ne mérite donc pas qu’on se donne la peine de la prendre jusqu’à chez soi, mais on la délaisse plutôt, par désintéressement, vu sa mauvaise qualité ».