Conseils à un prétentieux | Le site officiel du Cheikh Mohamed Ali FERKOUS
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Mercredi 25 Joumâdâ Eth-Thâniya 1441 H - 19 février 2020 G

Article mensuel n° 27

Conseils à un prétentieux

Préface :

Au Nom d’Allâh, et prière et salut sur le Messager d’Allâh. Cela dit :

Les étudiants salafis appartenant à la faculté des fondements de la religion – Caroubier – Université d’Alger, sont ravis d’avoir cette rencontre avec notre Cheikh Aboû ‘Abd Al-Mou‘iz Mouhammad ‘Alî Ferkous, qu’Allâh le protège, l’honore et réforme la nation avec ses efforts. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre des recommandations salafies et qui a eu lieu le jeudi 19 de Al-Mouharram 1422 H, correspondant au 12 avril 2001 G.

Allâh عزّ وجلّ dit :

﴿ وَمَآ أَرۡسَلۡنَا مِن قَبۡلِكَ إِلَّا رِجَالٗا نُّوحِيٓ إِلَيۡهِمۡۖ فَسۡ‍َٔلُوٓاْ أَهۡلَ ٱلذِّكۡرِ إِن كُنتُمۡ لَا تَعۡلَمُونَ ٤٣ [النحل].

Sens du verset :

Nous n’avons envoyé, avant toi, que des hommes auxquels Nous avons fait des révélations. Demandez donc aux gens du rappel si vous ne savez pas.﴿ [s. An-Nahl (les Abeilles) : v. 43]

Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم avait expliqué qui étaient les gens du rappel et quel rang ils détenaient lorsqu’il dit : « Les savants sont, certes, les héritiers des prophètes. »(1) De plus, il a montré la gravité de ce qui pourrait arriver lorsqu’on les renie et qu’on refuse de les suivre, dans un hadith rapporté par Al-Boukhârî et Mouslim d’après ‘Abd Allâh ibn ‘Amr رضي الله عنهما qui dit : « J’ai entendu le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم dire :  Allâh ne saisira pas le savoir en l’arrachant aux gens, mais Il saisira le savoir en saisissant les savants. Et quand Il n’aura laissé aucun savant, les gens prendront des ignares comme chefs. On les interrogera et ils donneront des fatwas sans savoir. Ils s’égareront alors et égareront [les autres].  »(2)

Al-Hâfidh a dit : « Ce hadith incite à sauvegarder le savoir et met en garde contre le fait que les ignares président les cours où l’on dispense le savoir religieux. Il indique aussi que ceux qui sont à même de délivrer des fatwas ont atteint la sommité dans le savoir religieux. Le hadith a, par ailleurs blâmé ceux qui se voient comme qualifiés pour délivrer des fatwas alors qu’ils le font sans qu’ils n’aient détenu le savoir [nécessaire]. »(3) Dans le même sens, Ach-Châtibî a dit dans Al-I‘tisâm : « Il n’est, plutôt, même pas valable qu’une personne du commun des gens ou d’autres imite une autre dans un domaine [quelconque] alors qu’elle sait bien que celle-ci ne s’y connaît pas. C’est l’exemple d’un malade qui se confie à une personne qui ne s’y connaît pas en médecine ; car cela, certes, est l’œuvre de celui qui a perdu sa raison (4)

Partant de ce principe, nous avons décidé de nous réunir avec notre Cheikh Aboû ‘Abd Al-Mou‘iz, qu’Allâh le protège, afin de lui demander de nous délivrer une fatwa et de nous prodiguer le conseil concernant certaines gens qui ont animé les cours de sciences religieuses avant qu’ils n’y soient qualifiés, et qui se sont, par ailleurs, attaqué aux savants en les calomniant, disant des mensonges à leur sujet et minimisant leurs efforts afin d’éloigner les gens d’eux. Nous vous laissons maintenant avec la question suivie du conseil de notre Cheikh, qu’Allâh le protège, pour ceux qui empruntent le sentier du savoir et de la prédication de la religion d’Allâh.

     Question :

            Parmi vos anciens étudiants, certains se sont manifestés en s’attaquant aux savants et aux prédicateurs par la critique. Ils adoptent le jugement d’anathématisation vis-à-vis des gouvernants et des musulmans en groupe. De plus, ils animent les cours de sciences religieuses. Que nous conseillez-vous, et quelle position devrions nous adopter par rapport à ces gens-là ? Qu’Allâh vous rétribue abondamment, fasse que votre temps soit béni et vous comble de Ses bienfaits !

Réponse :

Louange à Allâh, Maître des Mondes, et paix et salut soient sur celui qu’Allâh a envoyé en miséricorde pour le monde entier, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu’au Jour de la Résurrection. Cela dit :

Le musulman ne doit pas refléter une apparence qui n’est pas la sienne, ou contrarier son for intérieur. Il ne doit pas, également, s’attribuer une position supérieure ou meilleure, ou affecter ce qu’il n’a pas, car cette moralité renseigne sur la sincérité. Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم dit : « Qui se fait valoir avec ce qui ne lui a pas été donné est comme celui qui revêt deux vêtements d’imposture. »(5)

On disait :

Celui qui affecte ce qu’il n’a pas

Sera, certes, dévoilé durant l’épreuve.

Pour cela, on ne doit pas prétendre acquérir un savoir lorsque l’on ne sait pas, détenir une maîtrise que l’on n’a pas, ou prêcher avant d’être qualifié, car, cela est le défaut du savoir et de la pratique. Pour cette raison, on disait : « Celui qui prêche avant l’heure, fait certainement face à son humiliation. »

Certains Andalous ont aussi dit :

            Qu’Allâh nous protège des gens qui s’imposent en autorité

            Avant qu’ils n’atteignent la maturité.

Il est, donc, impératif pour celui qui se tient à ce genre de caractère, qu’est la véracité, de savoir que cette dernière est l’un des compléments de la foi et de l’Islam à laquelle Allâh عزّ وجلّ nous a ordonnés de nous attacher et a fait la louange de ceux qui s’y attachent. Allâh عزّ وجلّ dit :

﴿يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا اتَّقُوا اللهَ وَكُونُوا مَعَ الصَّادِقِينَ [التوبة: 119].

Sens du verset :

Ô vous qui croyez ! Craignez Allâh et soyez avec les véridiques﴿ [s. At-Tawba (le Repentir) : v. 119]

Il عزّ وجلّ dit aussi :

﴿وَالَّذِي جَاءَ بِالصِّدْقِ وَصَدَّقَ بِهِ أُولَئِكَ هُمُ الْمُتَّقُونَ [الزّمر: 33].

Sens du verset :

Tandis que celui qui vient avec la vérité et celui qui la confirme, ceux-là sont les pieux﴿ [s. Az-Zoumar (les Groupes) : v. 33]

Allâh عزّ وجلّ dit, aussi, en louant les véridiques :

﴿رِجَالٌ صَدَقُوا مَا عَاهَدُوا اللهَ عَلَيْهِ [الأحزاب: 23].

Sens du verset :

[Il est parmi les croyants] des hommes qui ont été sincères dans leur engagement envers Allâh﴿ [s. Al-Ahzâb (les Coalisés) : v. 23]

Il suffit de dire que la véracité conduit au bien et le bien mène au paradis, comme rapporté dans le hadith consensuel [rapporté par Al-Boukhârî et Mouslim] : « Tenez-vous à la véracité, car la véracité conduit à la bonté, et la bonté mène au paradis, et l’homme ne cesse de dire la vérité et insiste sur la véracité jusqu’à ce qu’il soit reconnu, auprès d’Allâh, comme étant un homme véridique. »(6)

On sait bien que l’ultime fin et le souhait de tout musulman est le paradis. Et la véracité dans ses paroles est un signe de respect, un honneur pour l’âme et que personne, mis à part un homme véridique, ne peut s’élever dans les rangs du savoir. Ainsi, la véracité passe avant l’acquisition du savoir, comme l’ont affirmé certains de nos Salaf (Pieux Prédécesseurs).

Nous devons, également, vouer le respect, l’estime et l’égard aux savants, car cela fait partie de la Sounna du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم. Certes, ce sont des êtres humains et ils sont faillibles, mais le croyant doit penser du bien vis-à-vis des gens de la foi, de la religion et de la rectitude, et l’étudiant ne doit pas s’opposer aux gens du savoir, de la confiance et de la justice. Il doit, plutôt, remettre en cause ses propres opinions devant les leurs, et ne pas se précipiter de leur faire opposition en situation de probabilité et d’Idjtihâd (l’effort jurisprudentiel) avant de s’assurer ou de confirmer les faits, car leur porter accusation est injuste. Et si cela (l’accusation) provient de celui qui ne se rend pas compte de ses propres erreurs, alors comment pourrait-il juger les erreurs d’autrui ? Cela, sans prendre en compte le fait de les sous-estimer ou de les corriger. Cependant, le musulman ou l’étudiant doit se confier aux gens du savoir [religieux], retenir sa langue et ne pas les diffamer ou les blâmer, car, cela leur fait perdre leur révérence et les rend sujets aux accusations. Il doit, aussi,prendre soin de leur dignité et laisser de côté l’insolence, la dispute et l’ingérence, notamment en public, car cela entraîne la vanité et hérite la prétention… Certes, s’ils commettent des erreurs ou s’ils ont des illusions, on les souligne sans provoquer d’agitation ou de trouble autour d’eux. On ne doit pas les sous-estimer ou se réjouir de les voir sous-évalués, parce que ces comportements n’émanent que de la part d’une personne qui prétend détenir un savoir et qui est privée de moralité, et qui voudrait farder ses yeux avec du kohl, mais s’est rendue aveugle avec, ou quelqu’un qui voudrait guérir d’un rhume en engendrant une lèpre.

Ainsi, je voudrais relier mes propos à ceux évoqués, que l’homme doit savoir que la source de toute faveur et l’origine de toute grâce est Allâh عزّ وجلّ . Et si Allâh عزّ وجلّ octroie aujourd’hui argent, savoir, dignité et honneur, Il peut les reprendre dans le futur, car c’est Lui le Défenseur et celui qui peut nuire (à ceux qui L’offensent), le Donateur et l’Utile. Il est capable de donner et de reprendre toute chose. Pour ceux qui sont reconnaissants, Il leur donne davantage. Allâh عزّ وجلّ dit :

﴿لَئِنْ شَكَرْتُمْ لَأَزِيدَنَّكُمْ [إبراهيم: 7].

Sens du verset :

Si vous êtes reconnaissants, très certainement, J’au­gmenteraiMesbienfaitspourvous﴿ [s. Ibrâhîm (Abraham) : v. 7]

Mais ceux qui manifestent de l’ingratitude par leur comportement ou au fond d’eux-mêmes, se caractérisent par la renonciation aux ordres d’Allâh et renient Sa grâce, la faveur, alors, tourne à leur détriment. Et parmi les fatalités, dans le présent et dans le futur, est le fait de s’admirer, de se vanter pour ses œuvres et de renoncer, par conséquent, à l’acquisition du savoir. La vanité et la prétention induisent à prétendre le savoir, à mépriser et à sous-estimer autrui.

Ces obstacles et entraves sont parmi les grandes choses décourageantes qui empêchent la perfection [humaine] du musulman ou de l’étudiant. Ils transforment la gloire en humiliation, la force en faiblesse et la grâce en disgrâce. En effet, le Coran et la Sounna ont réprouvé et mis en garde contre la vanité et la prétention, puisque celles-ci sont des caractères qui réduisent les actions à rien. De plus, la vanité est le fléau de la sincérité, et quiconque se vante d’une action, cette dernière sera réduite à rien, de même que pour un arrogant.

Par ailleurs, si l’ostentation s’inscrit dans l’association de l’action avec les hommes, la vanité s’inscrit dans l’association de l’action avec soi-même, comme énoncé par Ibn Taymiyya et Ibn Al-Qayyim(7).

La vanité est, donc, sœur de l’ostentation. Et une personne qui a une attitude ostentatrice ne concrétise pas la parole d’Allâh عزّ وجلّ :

﴿إِيَّاكَ نَعْبُدُ [الفاتحة: 5].

Sens du verset :

C’est Toi, Seul, que nous adorons﴿ [s. Al-Fâtiha (l’Ouver­ture) : v. 5]

Tandis que le vaniteux et le prétentieux ne réalisent pas :

﴿وَإِيَّاكَ نَسْتَعِينُ [الفاتحة: 5].

Sens du verset :

C’est Toi, Seul, dont nous implorons secours﴿ [s. Al-Fâtiha (l’Ouverture) : v. 5]

Le Coran met en garde contre ce fléau. Allâh عزّ وجلّ dit :

﴿وَغَرَّتْكُمُ الأَمَانِيُّ حَتَّى جَاءَ أَمْرُ اللهِ وَغَرَّكُمْ بِاللهِ الْغَرُورُ [الحديد: 14].

Sens du verset :

Et de vains espoirs vous ont trompés jusqu’à ce que vint l’ordre d’Allâh et le séducteur [diable] vous à trompés au sujet d’Allâh﴿ [s. Al-Hadîd (le Fer) : v. 14]

Allâh عزّ وجلّ dit aussi :

﴿وَيَوْمَ حُنَيْنٍ إِذْ أَعْجَبَتْكُمْ كَثْرَتُكُمْ فَلَمْ تُغْنِ عَنْكُمْ شَيْئًا [التوبة: 25].

Sens du verset :

Et [appelez-vous] le jour de Hounayne, quand vous étiez fiers de votre grand nombre et cela ne vous a servi à rien﴿ [s. At-Tawba (le Repentir) : v. 25]

Et :

﴿يَا أَيُّهَا الإِنْسَانُ مَا غَرَّكَ بِرَبِّكَ الْكَرِيمِ [الانفطار: 6].

Sens du verset :

Ô homme ! Qu’est-ce qui t’a trompé au sujet de ton Seigneur, le Noble﴿ [s. Al-Infitâr (la Rupture) : v. 6]

Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم dit : « Trois caractères sont destructifs : une avarice obéie, une passion suivie et la vanité. »(8)

Le musulman doit, également, se conduire correctement avec les gens et reconnaître leurs droits. Il ne doit pas leur porter atteinte, notamment lorsqu’ils sont plus âgés, plus connaisseurs et plus honorables que lui, ou qu’ils aient été à l’origine de son orientation, ou qu’il ait tiré profit d’eux. Ils ont, alors, une faveur sur lui et détiennent la place de ses parents auxquels il doit le bien et la bonté et auxquels il ne doit pas porter préjudice. Il doit implorer Allâh عزّ وجلّ en leur faveur et demander le pardon pour leurs péchés, appliquer et honorer leurs engagements. Tout cela relève d’Al-Ihsâne (la bienfaisance). Al-Ihsâne est, comme on le sait, une partie intégrante de la croyance musulmane, car l’Islam s’appuie sur trois piliers : la foi, l’Islam et Al-Ihsâne, comme mentionné dans le hadith consensuel de Djibrîl (l’Archange Gabriel). Après que ce dernier soit reparti, le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم dit : « C’est Djibrîl, il est venu vous enseigner votre religion. »(9) Ainsi, il a considéré qu’Al-Ihsâne fait partie de la religion.

Mais les expressions qu’utilisent ces étudiants sont, dans la plupart des cas, ignobles comme les insultes, les immoralités, les grossièretés et autres choses telles que la calomnie, la diffamation et autres défauts de la langue qui ne font pas partie d’Al-Ihsâne. Allâh عزّ وجلّ dit :

﴿وَقُولُوا لِلنَّاسِ حُسْنًا [البقرة: 83].

Sens du verset :

Ayez de bonnes paroles avec les gens﴿ [s. Al-Baqara (la Vache) : v. 83]

Allâh عزّ وجلّ dit aussi :

﴿إِنَّ اللهَ يَأْمُرُ بِالْعَدْلِ وَالإِحْسَانِ [النحل: 90].

Sens du verset :

Certes, Allâh commande l’équité et la bienfaisance﴿ [s. An-Nahl (les Abeilles) : v. 90]

De ce fait, les gens de la rectitude évitent ce genre d’expressions. Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم dit : « Le croyant ne peut être ni calomniateur ni imprécateur, ni grossier ou vulgaire dans ses propos. »(10) De plus, l’Islam a loué les bonnes moralités. Il a appelé à inculquer ces qualités aux musulmans et à les développer dans leurs âmes. Allâh عزّ وجلّ a fait l’apologie de Son Prophète, vu ses bonnes moralités. Il عزّ وجلّ dit :

﴿وَإِنَّكَ لَعَلَى خُلُقٍ عَظِيمٍ﴾ [القلم: 4].

Sens du verset :

Et tu es, certes, d’une moralité éminente﴿ [s. Al-Qalam (la Plume) : v. 4]

Il lui a ordonné, aussi, d’adhérer aux bonnes mœurs :

﴿ادْفَعْ بِالَّتِي هِيَ أَحْسَنُ فَإِذَا الَّذِي بَيْنَكَ وَبَيْنَهُ عَدَاوَةٌ كَأَنَّهُ وَلِيٌّ حَمِيمٌ [فصّلت: 34].

Sens du verset :

Repousse [le mal] par ce qui est meilleur, et voilà que celui avec qui tu as une animosité devient tel un ami chaleureux﴿ [s. Foussilat (les Versets Détaillés) : v. 34]

En effet, le message de l’Islam est résumé tout entier dans ce contenu de purification. Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم dit : « Je n’ai été envoyé que pour parfaire les hautes moralités. »(11)

De là, nous comprenons que le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a perfectionné cette purification, à la fois, théoriquement et pratiquement, car Allâh عزّ وجلّ a perfectionné Sa religion et Sa faveur pour Son Prophète et pour les croyants. La purification, qui est l’ultime objectif des messages divins et leurs fruits, est l’un des fondements et piliers essentiels de la voie salafie.

Concernant la problématique du Takfîr (anathématisation), les textes du Livre et de la Sounna mettent en garde contre le fait d’excommunier un quelconque musulman lié à sa foi. Il est interdit de nourrir une mauvaise intention ou de nuire au musulman. Comment peut-on alors l’excommunier ! Les questions de l’apostasie et de l’excommunication individuelle relèvent plutôt de l’autorité judiciaire, explorées par les savants reconnus pour leur probité et leur mérite, qui ont scellé un pacte avec Allâh عزّ وجلّ . Il n’appartient à personne, parmi les individus et les groupes, de prononcer un jugement d’apostasie, de façon précise, sur une quelconque personne. Excommunier, arbitrairement, un croyant est en soi une atteinte à la foi, alors que des versets et des hadiths préservent l’honneur des croyants et des musulmans, protègent leur foi, tel qu’il est clairement attesté dans le verset de la sourate An-Nişâ’ (les Femmes) :

﴿يَٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوٓاْ إِذَا ضَرَبۡتُمۡ فِي سَبِيلِ ٱللَّهِ فَتَبَيَّنُواْ وَلَا تَقُولُواْ لِمَنۡ أَلۡقَىٰٓ إِلَيۡكُمُ ٱلسَّلَٰمَ لَسۡتَ مُؤۡمِنٗا تَبۡتَغُونَ عَرَضَ ٱلۡحَيَوٰةِ ٱلدُّنۡيَا فَعِندَ ٱللَّهِ مَغَانِمُ كَثِيرَةٞۚ كَذَٰلِكَ كُنتُم مِّن قَبۡلُ فَمَنَّ ٱللَّهُ عَلَيۡكُمۡ فَتَبَيَّنُوٓاْۚ إِنَّ ٱللَّهَ كَانَ بِمَا تَعۡمَلُونَ خَبِيرٗا ٩٤ [النساء].

Sens du verset :

Ô les croyants ! Lorsque vous sortez pour lutter dans le sentier d’Allâh, voyez bien clair, [ne vous hâtez pas] et ne dites pas à quiconque vous adresse le salut [de l’Islam] : “ Tu n’es pas croyant ”, convoitant les biens de la vie d’ici-bas. Or c’est auprès d’Allâh qu’il y a beaucoup de butin. C’est ainsi que vous étiez auparavant ; puis Allâh vous a accordé Sa grâce. Voyez donc bien clair. Allâh est, certes, Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites.﴿ [s. An-Nişâ’ (les Femmes) : v. 94]

Et Il عزّ وجلّ a dit :

﴿وَٱلَّذِينَ يُؤۡذُونَ ٱلۡمُؤۡمِنِينَ وَٱلۡمُؤۡمِنَٰتِ بِغَيۡرِ مَا ٱكۡتَسَبُواْ فَقَدِ ٱحۡتَمَلُواْ بُهۡتَٰنٗا وَإِثۡمٗا مُّبِينٗا ٥٨ [الأحزاب].

Sens du verset :

Et ceux qui offensent les croyants et les croyantes sans qu’ils ne l’aient méité, se chargent d’une calomnie et d’un péché évident.﴿ [s. Al-Ahzâb (les Coalisés) : v. 58]

Les hadiths [qui évoquent cette problématique] sont nombreux ; parmi lesquels : le hadith d’Abî Dhar رضي الله عنه qui a entendu le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم dire : « Il est interdit à un homme d’accuser son frère de perversité ou de mécréance ; sinon il y succombera si ce frère en est innocent. »(12) Car « il est illicite de le ridiculiser en public, parce qu’on doit le couvrir, l’éduquer et l’exhorter d’une bonne manière. Tant que cela est réalisé par la douceur, la violence doit être bannie. Car cette dernière pourrait le conduire à l’entêtement et à la persistance dans le péché. Le caractère de beaucoup de gens est marqué par la fierté, notamment si la personne qui ordonne est inférieure à celle qui a reçu l’ordre. »(13) Ainsi, excommunier une personne précise relève des prérogatives des savants et des juristes parmi les gens de la Sounna, lesquels ne prononcent ce verdict qu’après avoir établi la preuve religieuse, fait le constat des causes réunies, réalisé la présence des conditions et le manque des objections au profit de la personne excommuniée. Contrairement aux gens qui suivent leurs passions, qui excommunient toute personne qui s’oppose à eux.

Pour les gens de la Sounna, l’excommunication d’une personne bien précise nécessite une compétence et une inspection détaillée et claire. Car l’excommunication est une chose très importante et ses conséquences sont dangereuses et éprouvantes ; elle conduit à rendre licites le sang du mu­sulman et ses biens, à le séparer de son épouse, à le priver de l’héritage, de la prière funèbre, du cimetière des musulmans. Il incombe au musulman de ne pas se mêler à cette grande question sans qu’il n’en soit religieusement apte. Allâh عزّ وجلّ a dit :

﴿وَلَا تَقۡفُ مَا لَيۡسَ لَكَ بِهِۦ عِلۡمٌۚ إِنَّ ٱلسَّمۡعَ وَٱلۡبَصَرَ وَٱلۡفُؤَادَ كُلُّ أُوْلَٰٓئِكَ كَانَ عَنۡهُ مَسۡ‍ُٔولٗا ٣٦ [الإسراء]

Sens du verset :

Et ne poursuis pas ce dont tu n’as aucune connais­sance. L’ouïe, la vue et le cœur : sur tout cela, en vérité, on sera interrogé.﴿ [s. Al-Isrâ’ (le Voyage nocturne) : v. 36]

La personne qui emprunte cette voie permettant d’excommunier des individus d’une manière précise, qu’ils soient des sujets ou des souverains, ou qu’il s’agisse d’individus qui délaissent la prière, ou de traiter des sujets qui conduisent à se rebeller contre les gouverneurs, à rendre licites l’assassinat des gens et le pillage de leurs biens, à éduquer la jeunesse sur ce genre de dogmes, (cette personne) mérite a priori d’être accusée dans sa religion. Il devient, alors, obligatoire de l’empêcher et de se désavouer de lui. Cela est indiqué dans le hadith rapporté par Aboû Moûşâ Al-Acharî, dont lequel le Messager d’Allâh صلَّى الله عليه وسلَّم « s’est désavoué d’une femme qui se lamente, qui se rase les cheveux et déchire son habit [quand elle est éprouvée] », unanimement reconnu authentique(14), et même qu’Ibn ‘Oumar رضي الله عنه s’est désavoué de la secte qadarite(15).

Il va sans dire que les gens de la Sounna se désavouent des hérétiques. La légitimité de cela s’appuie sur l’abondance des intérêts et la réduction de nuisances procurées par cette adoration. Le hadjr est légiféré pour deux raisons : d’un côté, parce qu’il permet de réprimander et de punir les hérétiques, d’un autre côté, il repousse le mal qui résulte du contact avec les hérétiques. Tant que l’incarcération de [ces] hérétiques est pour le moment irréalisable, suite à la vacance d’un appareil exécutif, on doit alors avoir recours à la mise en garde et au hadjr de ses hérétiques, pour ainsi repousser leur mal et couper court à leur prédication, espérant qu’ils se repentent et reviennent au droit chemin. Cela doit être fait tout en se désavouant de leurs agissements.

Enfin, mon dernier conseil à prodiguer est de dire que l’Islam n’est pas seulement une croyance ou une adoration, mais il est aussi la bonne moralité et le bon traitement. Les mauvaises mœurs, en Islam, sont un crime hideux que le musulman doit absolument éviter quelle que soit la raison, car la pureté de l’âme provient de la foi et des bonnes œuvres qui sont non harmonieuses avec les mauvaises mœurs lesquellessont un mal absolu et une inutilité.

Nous devons, donc, éviter le mal et nous rapprocher du bien, nous en tenir à la piété et à la droiture, qui sont le critère de préférence et la balance avec laquelle sont jugés les hommes.

Ô Allâh ! Nous Te sollicitons pour nous prémunir de toutes les mauvaises mœurs et vaines œuvres. Allâh عزّ وجلّ, Seul, connaît les visées des gens. C’est Lui, Seul, qui mène au droit chemin. Notre dernière invocation est qu’Allâh, le Seigneur des Mondes, soit loué et que paix et salut soient sur notre Prophète Mouhammad, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu’au Jour de la Résurrection.

 

Alger, le 29 de Rabi‘ Ath-Thânî 1429 H,
correspondant au 4 mai 2008 G.

 


(1)        Rapporté par Aboû Dâwoûd (3641), At-Tirmidhî (2682) et d’autres, d’après le hadîth d’Aboû Ad-Dardâ’ رضي الله عنه. Ce hadith est jugé sahîh (authentique) par Ibn Al-Moulaqqine dans Al-Badr Al-Mounîr (7/587) et Al-Albânî dans Sahîh Al-Djâmi‘ (6297).

(2)     Rapporté par Al-Boukhârî (100) et Mouslim (2673), d’après ‘Abd Allâh ibn ‘Amr رضي الله عنهما.

(3)     Cf. : Fath Al-Bârî d’Ibn Hadjar (p. 47).

(4)     Cf. : Al-I‘tisâm d’Ach-Châtibî (2/343).

(5)     Rapporté par : Al-Boukhârî (5219) et Mouslim (2130), d’après Asmâ’ bint Aboû Bakr رضي الله عنهما. Le sens de ce hadith pour les savants concerne celui qui affecte ce qu’il n’a pas et essaye de le mettre en valeur auprès des gens et s’embellit par la fausseté. Ceci est un comportement blâmable comme est blâmé le porteur de deux vêtements en déguisement. [Cf. : Charh Mouslim d’An-Nawawî (14/110)]

Ibn Hadjar a dit dans son œuvre Fath Al-Bârî (9/318) : « Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم voulait dire par [deux vêtements] que la personne prétendante a doublement menti : elle a menti à soi-même et à autrui en s’attribuant ce qu’elle ne détient pas, comme le faux témoin, il se fait injustice et fait injustice à ceux pour qui il porte témoignage. »

(6)     Rapporté par : Al-Boukhârî (6094) et Mouslim (2607), d’après Ibn Mas‘oûd رضي الله عنه.

(7)     Cf. : At-TafsîrAl-Qayyim Fîmâ Djoumi‘a d’Ibn Al-Qayyim (p. 48).

(8)     Rapporté par At-Tabarânî dans Al-Mou‘djam Al-Awsat (5/328) et par Al-Bayhaqî dans Chou‘ab Al-Îmân (1/471), d’après Anas ibn Mâlik رضي الله عنه. Ce hadith est rapporté de plusieurs voies et il est jugé haşane (bon) par Al-Albânî vu l’ensemble de ses voies. Al-Moundhirî l’a jugé également haşane (bon). Cf. : As-Silsila As-Sahîha d’Al-Albânî (4/412-416).

(9)     Rapporté par : Mouslim (1/150), Aboû Dâwoûd (5/69), At-Tirmidhî (5/5) et Ibn Mâdjah (1/24) dans l’introduction d’As-Sounane, d’après ‘Oumar رضي الله عنه.

(10)   Rapporté par At-Tirmidhî (4/350). Ce hadith est jugé sahîh (authentique) par Al-Hâkim (1/12) et par Al-Albânî dans As-Sahîha (320) et dans Sahîh At-Tirmidhî (2/370). Sa chaîne de transmission est jugée forte par Al-Arnâ’oût dans Charh As-Sounna (13/134).

(11)   Rapporté par : Ahmad (2/318) et Al-Boukhârî dans Al-Adab Al-Moufrad (273), d’après Aboû Hourayra رضي الله عنه. Ce hadith est jugé sahîh (authentique) par Al-Albânî dans As-Silsila As-Sahîha (45).

(12)   Rapporté par Al-Boukhârî (6045) et par Mouslim (61), d’après Aboû Dhar Al-Ghifârî رضي الله عنه.

(13)   Fath Al-Bârî d’Ibn Hadjar (10/466).

(14)   Rapporté par : Al-Boukhârî (1296) et Mouslim (104), d’après Aboû Moûşâ Al-Ach‘arî رضي الله عنه.

(15)   Voir le long hadith de Djibrîl rapporté par Mouslim (8).