Le jugement relatif au fait de placer dans les rangs de la prière des enfants qui n’ont pas atteint l’âge de discernement | Le site officiel du Cheikh Mohamed Ali FERKOUS
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Dimanche 24 Dhou El-Hijjah 1440 H - 25 août 2019 G

Fatwa n° 1076
Catégorie :
Fatwas relatives à la prière – La prière en groupe

Le jugement relatif au fait de placer dans les rangs de la prière des enfants qui n’ont pas atteint l’âge de discernement

Question :

Certains prieurs ramènent avec eux leurs enfants à la mosquée dont l’âge varie généralement entre deux et six ans, et quand on fait la Iqâma de la prière, le garçon ou la fille s’aligne à côté de leur père dans le rang des hommes ; cela est-il permis ? Qu’Allâh vous récompense par le meilleur bien.

Réponse :

Louange à Allâh, Maître des Mondes ; et paix et salut sur celui qu’Allâh a envoyé comme miséricorde pour le monde entier, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu’au Jour de la Résurrection. Cela dit :

Quand le garçon atteint l’âge de sept ans – qui est l’âge de discernement selon l’avis le plus correct – il est valable pour lui qu’il s’aligne avec les hommes [pendant la salât], car on lui a enjoint d’accomplir la salât dans le hadith du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم : « Ordonnez à vos enfants d’accomplir la prière lorsqu’ils ont sept ans ; frappez-les pour qu’ils l’accomplissent quand ils auront dix ans. »(1) Ibn ‘Abbâs رضي الله عنهما a prié avec le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم qui l’a pris par la tâte et le mis sur sa droite[3]. S’il est valable que l’enfant dirige la prière, lorsqu’il a bien mémorisé le Livre d’Allâh – qu’Il soit Très-Haut – et plus que les autres – tel que cela est attesté dans le hadith de ‘Amrou ibn Salamaرضي الله عنه  qui a dirigé la prière des musulmans alors qu’il n’avait que sept ans(4) –s’aligner dans le rang [avec les hommes] est a fortiori plus valable.

Si l’enfant est au-dessous de l’âge qui lui permet de distinguer, il n’est alors pas obligé d’accomplir la salât, mais ne coupe pas le rang de la prière en groupe, vu le hadith d’Anas رضي الله عنه qui a dit : « Je me suis levé pour prendre un tapis qui a noirci à force d’âtre utilisé. Je lui ai jeté de l’eau [pour le laver]. Le Messager d’Allâh صلَّى الله عليه وسلَّم s’y mit debout ; moi et l’orphelin sommes alignés derrière lui, et la vieille femme derrière nous. Alors le Prophète dirigea une prière de deux unités, puis il s’en est allé. »(5) Le sens apparent du terme « orphelin » cité dans le hadith renvoie au petit. Et « le sens de orphelin chez les Arabes veut dire : c’est lorsque le petit enfant perd son père avant qu’il ne soit pubère. »(6) Sans qu’on fasse une différenciation entre un enfant qui peut distinguer et celui qui ne peut pas. Le recours au sens contraire ne doit s’effectuer qu’avec une preuve. Ach-Choûkânîرحمه الله  a dit : «Ce hadith indique que l’enfant comble le vide [dans le rang]. »(7) En revanche, Assimiler l’enfant qui n’a pas atteint l’âge de discernement au pilier de la mosquée, ou à celui dont la prière est invalide comme le mécréant, ou la femme avec les hommes est une procédure analogique qui présente clairement une différence entre un homme doué de raison et une chose inanimée, entre un musulman et un mécréant, entre un mâle et une femelle.

Quant à la fille, qu’elle atteigne l’âge de discernement ou non, dans les deux cas, il n’est pas juste de la mettre dans le rang des hommes, car le sexe est différent et elle coupe ainsi le rang. En effet, sa présence est égale à son absence.

Si le parent de cette fille est obligé de ramener sa fille à la prière en groupe [dans la mosquée], il est permis qu’elle prie à côté de lui dans l’une des deux extrémités du rang, à droite ou à gauche. Il la pose ainsi comme dernier maillon de la chaine, afin qu’elle ne coupe pas le rang [des prieurs]. Et le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a prié en portant sur son épaule Oumâma bint Zaynab(8)رضي الله عنهما  afin que les gens sachent que cette action est permise lors de la salât, en cas de besoin et de nécessité.

De toute façon, je ne connais pas une preuve qui juge caduque la prière dans les précédentes situations, si on ne respecte pas l’alignement et la disposition des rangs.

Force est de remarquer que l’enfant qui n’a pas atteint l’âge de discernement et qui affiche un comportement amusé, distrait et qui nuit [aux gens] à la mosquée, le laisser à la maison avec sa famille et ses proches est primordial, car, premièrement, il n’est pas obligatoire pour lui d’accomplir la salât ; deuxièmement, il perturbe les prieurs par ses actes troublants et distraits. Alors qu’à la base, on doit arrêter tout ce qui nuit et porte atteinte [à la mosquée et aux prieurs], vu la portée générale du hadith du Prophèteصلَّى الله عليه وسلَّم : « Pas de nuisance ni à soi ni à autrui. »(9) tant que le parent de cet enfant n’est pas dans la nécessité de le ramener avec lui [à la mosquée] ; sinon il peut s’appuyer sur le hadith montrant que le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a porté Oumâma bint Zaynab(10).

Dans le cas où l’enfant est d’un comportement calme, dénué de trouble et de perturbation, il est permis de l’introduire à la mosquée, car le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم, étant sur le minbar, a vu Al-Haşane ibn ‘Alî et dit : «Certes, mon fils-ci est un Sayyd [un noble] ; Il se peut qu’Allâh réconciliera, par son intermédiaire, deux importants groupes de musulmans(11) Et vu ce qu’ont rapporté An-Naşâ’î et Ahmad d’après la voie de ‘Abd Allâh ibn Chaddâd, selon son père Chaddâd ibn Al-Hâd qui a dit : le Messager d’Allâh صلَّى الله عليه وسلَّم vint à nous dans une des prières du soir en portant Al-Haşane ou Al-Houşayne ; le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم avança [pour diriger la salât], le posa et dit Allâhou Akbar pour commencer la prière. Il fit au milieu de sa salât une longue prosternation. Mon père dit : j’ai levé ma tâte et je vis l’enfant sur le dos du Messager d’Allâh صلَّى الله عليه وسلَّم alors qu’il était prosterné. Aussitôt, je revins à ma prosternation. Lorsque le Messager d’Allâh صلَّى الله عليه وسلَّم termina sa prière, les gens lui dirent :« Ô Messager d’Allâh, tu as fait une longue prosternation pendant ta prière, au point que nous avons cru qu’une chose est arrivée ou une révélation t’est parvenue » il صلَّى الله عليه وسلَّم dit alors : « Tout ce que vous dites ne s’est pas produit, mais, mon fils m’a enfourché, et j’ai détesté le presser, jusqu’à ce qu’il finisse. »(12) On a jugé ces deux hadiths comme une preuve de la licéité d’introduire les enfants à la mosquée.

Quant au hadith qui dit : « Évitez d’introduire dans vos mosquées vos enfants et vos déments. » il n’est pas apte pour qu’il soit utilisé dans l’argumentation, vu sa forte faiblesse, comme l’a expliqué Al-Albânî(13)رحمه الله .

Le savoir parfait appartient à Allâh, et notre dernière invocation est qu’Allâh, Seigneur des Mondes, soit loué et que prière et salut soient sur notre Prophète, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu'au Jour de la Résurrection.

 

Alger, le 9 de Doû-L-Qui‘da 1431 H,
correspondant au 17 octobre 2010 G.

 


(1) Rapporté par Aboû Dawoûd (495), d’après ‘Amrou ibn Chou‘ayb selon son père, selon grand-père ‘Abd Allâh ibn ‘Amrou رضي الله عنه. Ce hadith est jugé haşane (bon) par An-Nawawî dans Al-Khoulâsa, et jugé sahîh (authentique) par Ibn Al-Moulaqqin dans Al-Badr Al-Mounîr (3/238) et par Al-Albânî dans Al-Irwâ’ (1/266).

(2) Consulte la fatwa n° 1049 qui a pour sujet l’ordre, intitulée : « De la description de l’ordre dans le hadith du Prophète« Ordonnez à vos enfants … ».

(3) Rapporté par : Al-Boukhârî (117) et Mouslim (763), d’après Ibn ‘Abbâs رضي الله عنهما.

(4) Rapporté par Al-Boukhârî (4302).

(5) Rapporté par : Al-Boukhârî (380) et Mouslim (658).

(6) An-Nihâya d’Ibn Al-Athîr (5/291).

(7) Nayl Al-Awtâr d’Ach-Choûkânî (4/90).

(8) Rapporté par Al-Boukhârî (516) et Mouslim (543), d’après Aboû Qatâda رضي الله عنه.

(9) Rapporté par Ibn Mâdjah (2341), d’après Ibn ‘Abbâs رضي الله عنهما ; jugé sahîh (authentique) par Al-Albânî dans Al-Irwâ’ (3/408).

(10) Déjà cité, note 8.

(11) Rapporté par Al-Boukhârî (2704), d’après Aboû Bakrata رضي الله عنه.

(12) Rapporté par An-Naşâ’î (1141), d’après Chaddâd ibn Al-Hâd رضي الله عنه ; jugé sahîh (authentique) par Al-Albânî dans Sifat As-Salât (148).

(13) Cf. : Irwâ’ Al-Ghalîl (7/361).