De la prononciation d’At-Takbîr pour la prosternation de récitation | Le site officiel du Cheikh Mohamed Ali FERKOUS
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Samedi 3 Dhou El-Hijjah 1443 H - 02 juillet 2022 G

Fatwa n° 40

Catégorie : fatwas relatives à la Prière- La description de la Prière

De la prononciation d’At-Takbîr(1) pour la prosternation de récitation

Question : - Les fidèles d’une mosquée discutent de la prononciation d’At-Takbîr lors de la prosternation de récitation, pendant les prières d’At-Tarâwîh. Un groupe penche vers l’opinion d’Al-Albâni ـ رحمه الله ـ qui, suivant l’Imam Aboû Hanîfa ـ رحمه الله ـ, soutient l’illégitimité [religieuse] de ce rituel, car les traditions sur lesquelles il s’appuie sont inauthentiques. Certains vont jusqu’à déclarer qu’At-Takbîr constitue une innovation religieuse et un égarement.

Nous vous prions de nous éclairer sur cette question. Qu’Allah vous rétribue du bien.

Réponse :

Louange à Allah, Maître des Mondes. Que prière et salut soient sur celui qu'Allah عزَّ وجلَّ a envoyé en miséricorde pour le monde entier, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu'au Jour de la Résurrection. Ceci dit :

Le hadith(2) qui établit la légitimité [religieuse] d’At-Takbîr pour les prosternations de récitation contient dans sa chaîne de narration Al-‘Oumarî ‘Abd Allâh Ibn ‘Omar -Al-Moukabbar- qui est, selon An-Nawawî(3), Ibn Hadjar(4) et Al-Albânî(5), un narrateur faible (Da’îf).

Ce hadith est également rapporté par Al-Hâkim d’après un autre fils de ‘Omar, Obayd Allâh qui est, quant à lui, un narrateur crédible. C’est pourquoi Al-Hâkim dit du hadith qu’il répondait aux critères d’authenticité d’Al-Boukhârî et Mouslim. On n’y rencontre cependant pas la formule : « Il a prononcé At-Takbîr ».

« L’origine du hadith, ajoute Al-Hâfidh, se trouve, sous un énoncé différent, dans les deux Sahîh. »(6)

Après avoir cité la tradition orale prêtée à Ibn Mas‘oûd qui recommande de prononcer At-Takbîr à chaque prosternation de récitation(7), Al-Albânî a bien vérifié la question, dans son commentaire(8), en signalant qu’aucun traditionniste ne l’attribue à Ibn Mas‘oûd, sauf Al-Bayhaqî qui la rapporte d’après un autre Compagnon. En outre, sa version inclut dans sa chaîne de transmission Ar-Rabî‘ Ibn Soubayh qui est, selon Ibn Hadjar, un homme honnête, mais à la mémoire défaillante(9).

Al-Albânî a retrouvé l’origine de cette tradition dans la pratique d’Ibn Mas‘oûd, mais sa chaîne de narration est -aussi- altérée par la présence de ‘Atâ’ Ibn As-Sâ’ib qui était atteint de confusion.

Du moment que les Compagnons qui ont rapporté les hadiths relatifs à la prosternation de récitation n’ont pas mentionné At-Takbîr, Al-Albânî a soutenu qu’il n’est pas religieusement légiféré. Cette opinion est aussi une version attribuée à Aboû Hanîfa(10).

Nous disons : même s’il n’existe aucun texte authentique préconisant la prononciation d’At-Takbîr pour les prosternations de récitation, il n’en demeure pas moins qu’elle soit comprise dans le texte général qui recommande de prononcer At-Takbîr avant de se prosterner. Il n’est donc pas valable de juger que cet acte n’a aucune origine religieusement approuvée alors que le texte général le comprend. « Le Prophète, rapporte Ibn Mas‘oûd, avait coutume de dire : “ Allâhou Akbar ” avant chaque action de lever [ses mains] ou de les reposer, de se relever, de se mettre debout ou de s’asseoir durant la prière. Aboû Bakr, ‘Omar et ‘Othmân faisaient tous de même. »(11)

Al-Boukhârî et Mouslim rapportent, d’après ‘Imrân Ibn Hossayn et Aboû Hourayra, une tradition similaire. At-Tirmidhî en fait remonter la source aux quatre Califes, à d’autres Compagnons et à des Successeurs.

Cette généralité, en effet, est une généralité de genre qui inclut tous ses cas de figure et cela rentre même dans le concept du nom générique qui englobe tous ses éléments. L’expression : « Avant chaque action de lever [ses mains] ou de les reposer, de se relever, de se mettre debout ou de s’asseoir durant la prière » concerne toutes ces formes : prescrites, volontaires, collectives et individuelles. Elle s’applique aussi aux prosternations de prières et de récitation.

Ce type de généralité a été adopté pour plusieurs postures de la prière, comme l’ont fait les [jurisconsultes] Chaféites lorsqu’ils ont utilisé comme argument le sens général du hadith du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم qui dit : « Priez tel que vous m’avez vu prier »(12) pour prouver que celui qui suit l’imam [dans la prière] est tenu de répéter [la même invocation de l’imam au moment où il dit] : « Sami‘a Allâhou Li Man Hamidah » (c’est-à-dire Allah entend celui qui Le loue), et pourtant le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم dit : « … et lorsqu’il -c’est-à-dire l’imam qui dirige la prière- : ‘Sami‘a Allâhou Li Man Hamidah’, dites alors : ‘Rabbanâ Wa Laka Al-Hamd(c’est-à-dire notre Seigneur à Toi la louange)(13). De plus, il n’a été rapporté d’aucun Compagnon le fait de dire : « Sami‘a Allâhou Li Man Hamidah ». Il a plutôt été rapporté que certains d’entre eux disaient : Rabbanâ Wa Laka Al-Hamd, Hamdan Kathîran Tayyiban Moubârakan Fîh(c’est-à-dire notre Seigneur à Toi la louange ; une louange abondante, agréée et bénie)(14), et comme le cas de la prosternation de l’oubli où les ulémas ont considéré comme preuve la généralité du sens du texte rapporté par Mouslim à savoir le hadith dans lequel le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم dit : « Lorsqu’un homme rajoute ou diminue dans sa prière, qu’il fasse alors une double prosternation »(15). Ainsi, ils ont appliqué [le principe général] du rajout et de la diminution selon une façon qu’ils ont adoptée dans la prière en plus [des formes] de la prosternation de l’oubli qui ont été rapportées du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم de façon authentique. »

Le croyant est tenu de se conformer aux textes généraux de la Charia. Il ne convient pas d’en faire une interprétation ou une exception restreignant leur portée sans preuve. Le fait que les Compagnons qui ont rapporté les hadiths relatifs à la prosternation de récitation aient omis de mentionner At-Takbîr ne signifie guère que cela n’a pas eu lieu. Ces derniers auraient pu juger qu’il était inutile de le rappeler ou simplement oublier de le rapporter.

Le hadith précédent et les traditions formelles prêtées à certains Prédécesseurs comme Aboû Qilâba, ‘Abd Allâh Ibn Zayd, Al-Haşan, Ibn Sîrîn et Mouslim Ibn Yaşâr, confirment -en général- cette opinion. De plus, le consentement de la majorité des savants et des maîtres du hadith démontre que ce rite n’est pas démuni de fondement et qu’ils prononçaient At-Takbîr lors de la [prosternation de] récitation. Et même si l’on suppose qu’ils ne le faisaient pas, leur délaissement nous aurait certainement été rapporté, car cela irait à l’encontre du principe de base [concernant cette question].

« Toutes ces choses qu’il a citées, dit Ibn Taymiyya ـ رحمه الله ـ, ne s’appliquent point à la prosternation de récitation et de gratitude... » jusqu’à ce qu’il dise « Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم ne lui a pas consacré At-Takbîr de l'ouverture [de la prière] . Néanmoins, on a rapporté de lui صلَّى الله عليه وسلَّم qu’il y faisait At-Takbîr soit avant soit après ou bien les prosternations de récitation et de gratitude. Cette tradition se trouve dans As-Sounan. »(16)

Dès lors, il n'est guère valable d’affirmer que la prononciation d’At-Takbîr pour la prosternation de récitation représente une innovation religieuse. Cela, certes, est une erreur manifeste, laquelle est réfutée par ce que l'on a mentionné ci-dessus.

Les innovations, comme l’a expliqué Ibn Taymiyya lorsqu'il a abordé la question de la Sounna et de l'innovation religieuse, sont les pratiques que ni Allâh ni le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم n’ont religieusement légiférées. Celles qui ne sont ni prescrites ni recommandées par le Législateur. Celles, par contre, qui sont prescrites ou recommandées par le Législateur et sont soutenues par les preuves religieuses font partie de la religion qu'Allah عزَّ وجلَّ a légiférée, même si elles font l’objet de controverse entre les savants.

La légitimité de la prononciation d’At-Takbîr lors de la prosternation de récitation est, selon moi, l’avis le plus juste. Je ne peux, cependant, l’affirmer avec certitude, cela constituerait une entorse à la recherche scientifique judicieuse.

Le savoir parfait appartient à Allah عزَّ وجلَّ, et notre dernière invocation est qu'Allah, Seigneur des Mondes, soit Loué et que paix et salut soient sur notre Prophète Mohammad, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu'au Jour de la Résurrection.

 

Alger, 11 Ramadân 1417 H
Correspondant au 20 janvier 1996 G



(1) Dire : “ Allâhou Akbar ” (Allah est plus Grand). (N.D.T).

(2) Rapporté par Aboû Dâwoûd (1413) dans les termes suivants : « Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم avait l’habitude de nous lire le Coran et lorsqu’il arrivait à un verset de prosternation, il prononçait At-Takbîr (Allâhou Akbar), puis se prosternait et nous nous prosternions avec lui ». Voir : Al-Albânî, Irwâ’ Al-Ghalîl, (471, 472).

(3) An-Nawawî ـ رحمه الله ـ a dit dans Al-Madjmoû’ : « Sa chaîne de narration est jugée faible » (4/58).

(4) Voir les œuvres d’Ibn Hadjar : At-Talkhîs Al-Habîr, (2/27) et Bouloûgh Al-Marâm, (104).

(5) Voir : Tamâm Al-Minna d’Al-Albânî (267).

(6) Voir : At-Talkhîs Al-Habîr d’Ibn Hadjar (2/27).

(7) Rapporté par Al-Bayhaqî (3773). Voir : Tamâm Al-Minna d’Al-Albânî (268).

(8) C’est-à-dire qu’Al-Albânî a bien revu la question dans son commentaire intitulé Tamâm Al-Minna sur l’œuvre de Sayyid Sâbiq intitulé Fiqh As-Sounna .

(9) Voir : Tamâm Al-Minna d’Al-Albânî (268).

(10) Voir : Tamâm Al-Minna d’Al-Albânî (267).

(11) Rapporté par At-Tirmidhî (253), An-Naşâ’î (1149). Ce hadith est jugé authentique par Al-Albânî dans Irwâ’ Al-Ghalîl (330).

(12) Rapporté par Al-Boukhârî (631) d’après Mâlik Ibn Al-Houwayrith رضي الله عنه.

(13) Rapporté par Al-Boukhârî (689) et par Mouslim (411), d’après Anas Ibn Mâlik رضي الله عنه.

(14) Rapporté par Al-Boukhârî (799), d’après Rifâ‘a Ibn Râfi‘ Az-Zouraqî رضي الله عنه. Rapporté aussi par Mouslim (600), d’après Anas Ibn Mâlik رضي الله عنه. Voir : Sifat As-Salât d’Al-Albânî (138).

(15) Rapporté par Mouslim (572), d’après ‘Abd Allâh Ibn Mas‘oûd رضي الله عنه.

(16) Voir : Madjmoû‘ Al-Fatâwâ (23/170-171).