Concernant l’erreur dans l’acquittement de la Zakât en la donnant aux non-ayants droit | Le site officiel du Cheikh Mohamed Ali FERKOUS
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Jeudi 12 Rabî` El-'Awwal 1442 H - 29 octobre 2020 G

Fatwa n° 912

Catégorie : Fatwas relatives à la Zakât

Concernant l’erreur dans l’acquittement
de la Zakât en la donnant aux non-ayants droit

Question :

Celui qui se trompe dans l’acquittement de la Zakât en la donnant aux non-ayants droit, n’en sera-t-il plus redevable ? Surtout quand l’acquittement est fondé sur la fatwa d’un imam de mosquée ? Nous espérons un éclaircissement et un détail s’il est possible, et qu’Allâh vous rétribue de la meilleure manière.

 

Réponse :

La Louange est à Allâh, Le Seigneur des mondes. Et que la prière et le salut soient sur celui qu’Allâh a envoyé en miséricorde pour l’univers, ainsi que sur sa famille, ses compagnons et ses frères jusqu’au Jour de la Rétribution. Cela dit

Le musulman a l’obligation de s’assurer dans le don de la Zakât. S’il la donne à quelqu’un qu’il pense la mériter mais en fait erreur, sans savoir la réalité de son état, en se contentant de son apparence ou suite à l’orientation d’une personne qui connaît sa situation, puis il apparaît qu’il ne la mérite pas, dans ce cas, il ne sera plus redevable de la Zakât. Cela conformément au hadith de Ma‘n ibn Yazîd رضي الله عنه qui a dit : « Nous avons prêté serment d’allégeance, mon père, mon grand-père et moi-même, au Messager d’Allâh صَلَّى اللهُ عليه وآله وسَلَّم. Ce dernier demanda pour moi la main d’une femme et me maria. Un jour je me plaignis à lui [de mon père]. En effet, mon père Yazîd, réservant une somme d’argent pour l’aumône, chargea une personne à la mosquée [de la distribuer aux pauvres]. Je me suis présenté à l’homme qui me la donna ! Je portai la somme à mon père. Il me dit : “Par Allâh, ce n’était pas à toi que je voulais donner cet argent !” Alors j’ai soulevé le différend au Messager d’Allâh صَلَّى اللهُ عليه وآله وسَلَّم qui lui dit : “Yazîd ! Tu as la rétribution de ton intention, et toi Ma‘n, ce que tu as pris t’appartient. »(1)Al-Boukhârî a inclus ce hadith dans le chapitre : « chapitre concernant le don d’aumône à son enfant sans le savoir »(2), et aussi conformément au hadith d’Aboû Hourayra رضي الله عنه, que le Messager d’Allâh صَلَّى اللهُ عليه وآله وسَلَّم a dit : « Un homme dit : ‘’Je ferai une aumône. Il sortit avec son aumône et la remit aux mains d’un voleur. Le bruit courut qu’on a fait l’aumône à un voleur. Allâh soit Loué, dit l’homme, je ferai une autre aumône. Il sortit avec une aumône et la donna à une fornicatrice. Au matin le bruit courut que cette nuit on venait de faire l’aumône à une fornicatrice ! L’homme loua Allâh d’avoir fait son aumône à une fornicatrice, et s’engagea à faire une autre aumône. Il sortit et remit son aumône aux mains d’un riche. Au matin le bruit circula qu’on venait de faire l’aumône à un riche ! Louange à Toi Allâh, dit l’homme ! Une fois à un voleur, une autre fois à une fornicatrice, et une troisième à un riche ! Alors un ange vint lui dire : “Ton aumône à un voleur l’amènera peut-être à s’abstenir du vol, ton aumône à la fornicatrice l’incitera peut-être à devenir chaste, et ton aumône au riche lui servira peut-être de leçon, et l’incitera à faire l’aumône de ce qu’Allâh l’a pourvu !” »(3)Ce hadith est inclus par Al-Boukhârî dans un chapitre intitulé : « chapitre concernant le fait de faire l’aumône à un riche sans le savoir »(4), c’est-à-dire que son aumône est acceptée(5).

Ceci dit, ce jugement concerne également la fatwa que lui a faite un moufti de donner la Zakât à une des catégories [la méritant] et qu’il aura donnée d’après cette dernière, puis l’erreur de cette fatwa lui sera apparue, dans ce cas, il n’est plus redevable de la Zakât, et n’est pas non plus tenu de la redonner, en se contentant de la conjecture prépondérante et il aura ce qu’il a conçu comme intention, conformément à son dire صَلَّى اللهُ عليه وآله وسَلَّم : « Chacun n’a pour lui que ce qu’il a eu l’intention de faire. »(6)Contrairement à celui qui sait que le demandeur de la Zakât ne la mérite pas, celui-là est toujours tenu de la donner et n’est exclu de son observance jusqu’à ce qu’il la donne à ses ayants droit, vu le hadith rapporté par Abou Dâwoûd et autres : « Deux hommes vinrent voir le Prophète صَلَّى اللهُ عَلَيْهِ وَآلِهِ وَسَلَّمَ lors du pèlerinage de l’Adieu alors qu’il partagea l’aumône et lui demandèrent de leur en donner. Il les regarda et vit qu’ils étaient endurants et forts et dit : Si vous voulez je vous en donne, mais ni un riche et ni une personne forte pouvant gagner sa vie n’ont droit à cette aumône. »(7)

Cela étant dit, la science parfaite est auprès d’Allâh تعالى. Et notre dernière invocation est : « Louange à Allâh, le Seigneur des mondes ». Et qu’Allâh prie sur notre Prophète Mouhammad, sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu’au Jour de la Rétribution, et qu’Il les salue.

 

Alger, le 1er de Djoumâdâ Al-Oûlâ 1429 H,

correspondant au 21 mai 2008 G.

 


(1) Rapporté par Al-Boukhârî (1422), Ad-Dâramî (1595), et Ahmad dans son Mousnad (15433), d’après Ma‘n ibn Yazîd رضي الله عنه.

(2) Sahîh Al-Boukhârî Bicharh Fath Al-Bârî (3/291).

(3) Rapporté par Al-Boukhârî (1421), et Mouslim (2362), d’après Aboû Hourayra رضي الله عنه.

(4) Cf. : Sahîh Al-Boukhârî Bicharh Fath Al-Bârî (3/290).

(5) Fath Al-Bârî d’Ibn Hadjar (3/290).

(6) Rapporté par : Al-Boukhârî (1) et Mouslim (4927), d’après ‘Oumar ibn Al-Khattâb رضي الله عنه.

(7) Rapporté par : Aboû Dâwoûd (1633), An-Naşâ’î (2598), Ahmad (17511), et Al-Bayhaqî (13436), d’après ‘Abd Allâh ibn ‘Adiyy ibn Al-Khayâr que deux hommes l’ont informé. L’auteur du Tanqîh a dit : « C’est un hadith authentique, ses rapporteurs sont fiables, l’imam Ahmed رضي الله عنه a dit : “Quel très bon hadith, il en est le meilleur en chaîne narrative” » Cf. : Nasb Ar-Râya d’Az-Zayla‘î (2/401). Ce hadith est authentifié par Al-Albânî dans Al-Irwâ’ (3/381).