Du fait d’embrasser la tête et la main | Le site officiel du Cheikh Mohamed Ali FERKOUS
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Mardi 21 Dhou El-Hijjah 1441 H - 11 août 2020 G

Fatwa n° 970

Catégorie : Fatwas diverses – L’éthique

Du fait d’embrasser la tête et la main

Question :

Quel est le jugement concernant le fait d’embrasser la tête d’une personne âgée comme le grand-père, la grand-mère ou autre ?

Réponse :

Louange à Allâh, Maître des Mondes ; et paix et salut sur celui qu’Allâh a envoyé comme miséricorde pour le monde entier, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu’au Jour de la Résurrection. Cela dit :

Il est permis d’embrasser la tête, la main et le front pour marquer le respect et l’honneur [envers une personne], ceci conformément au hadith rapporté par ‘Â’icha رضي الله عنها qui a dit : « Lorsque le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم la voyait arriver [c.-à-d. sa fille Fâtima رضي الله عنها], il lui souhaitait la bienvenue, se levait pour l’embrasser, lui prenait la main et la conduisait pour la faire asseoir à sa place [à lui]. Également, lorsque le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم allait chez elle, elle lui souhaitait la bienvenue et se levait pour l’embrasser. Et lorsqu’elle est entrée chez le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّمpendant la maladie qui a précédé sa mort, il lui a souhaité la bienvenue et l’a embrassé »().

Aboû Djouhayfa رضي الله عنه a dit : « Lorsque Dja‘far est revenu de son exil en Abyssinie, le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم l’a accueilli, lui a donné l’accolade et l’a embrassé entre les deux yeux [sur le front] »(). Dans le hadith rapporté par Anasرضي الله عنه, il est dit que : « Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a porté [son fils] Ibrâhîm l’a embrassé et l’a humé »(). Et il est attesté d’après ‘Â’icha رضي الله عنها : « Lorsque le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم était mort, Aboû Bakr lui a découvert le visage, s’est penché sur lui et l’a embrassé entre les deux yeux [sur le front] »(). Il est également rapporté des Pieux Prédécesseurs qu’ils faisaient preuve d’équité envers leurs enfants, en matière de baisers. Comme il est rapporté qu’ils embrassaient la main. D’après Abd-Ar-Rahmâne ibn Razîne, il a dit : « Nous passâmes par Ar-Rabdha, et on nous a dit : ici habite Salamah ibn Al-Akwa‘. Alors, nous sommes allés le voir et le saluer. Il a montré ses mains et a dit : avec ces deux mains, j’ai prêté allégeance [serré les mains] au Prophète. Il avait une main aussi grande qu’une patte de chameau. Nous nous sommes levés et nous l’avons embrassée »(). Il y a de très nombreux hadiths et de récits qui traitent de ce sujet.

Mais, si embrasser la tête et la main reste permis, il ne doit pas devenir régulier et constant, de crainte que cela n’empêche la pratique du serrement des mains. Une tradition attestée par la parole et par l’action du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم, ainsi que par celle de ses Compagnons رضي الله عنه. Puisque : « Ils se serraient la main lorsqu’ils se rencontraient, et au retour de voyage, ils se donnaient l’accolade »().

D’autant plus que se serrer la main est une opportunité légale pour expier les péchés et effacer les fautes des deux personnes qui l’accomplissent. Une personne avisée ne doit pas laisser un tel bénéfice légal lui échapper. Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a dit : « Lorsqu’un croyant rencontre un croyant, qu’il le salue et lui serre la main, leurs péchés s’éparpillent comme s’éparpillent les feuilles des arbres [au vent]. »()

Mais, deux choses sont à noter :

La première : concerne le hadith de Aboû Hourayra رضي الله عنه relatif à l’acte d’embrasser la main. Il est rapporté que le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a dit : « Non, c’est ce que font les Perses à leurs rois, et je ne suis pas un roi, je suis l’un d’entre vous »(). Ce hadith est inventé (et faible), il ne peut pas contredire les hadiths authentiques.

Et la seconde : il n’y a pas de permission pour embrasser la bouche, tel que le font les chi‘ites et d’autres. Il est détestable de faire cela, car il n’est pas rapporté que les pieux prédécesseurs l’aient fait. Al-Baghawî رحمه الله a dit : « Quiconque embrasse, qu’il n’embrasse point la bouche, mais plutôt la main, la tête et le front »(). Ibn Mouflih dans Al-Âdâb Ach-Char‘iya explique le caractère détestable de cet acte par ces paroles : « Il est détestable d’embrasser la bouche, car cela est très rarement fait pour honorer [la personne embrassée]. »()

Le savoir parfait appartient à Allâh, et notre dernière invocation est qu’Allâh, Seigneur des Mondes, soit loué et que prière et salut soient sur notre Prophète, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu'au Jour de la Résurrection.

 

Alger, le 7 d’Al-Mouharram 1430 H,

correspondant au 4 janvier 2009 G.

 


(1) Rapporté par : Al-Boukhârî dans Al-Adab Al-Moufrad (947), Aboû Dâwoûd (5217), At-Tirmidhî (3872), Al-Hâkim (4732), et Ibn Hibbâne (6953), d’après ‘Â’icha رضي الله عنها. Ce hadith a été jugé Djayyid dans sa chaîne de transmission par Al-Albânî dans Al-Michkât (4689), et il l’a jugé haşane (bon) dans Sahîh Al-Adab Al-Moufrad (729/947). Al-Wâdi‘î l’a jugé haşane (bon) dans Sahîh Al-Mousnad (1591). Le hadith initial [la version d’origine] est rapporté dans les deux livres authentiques (As-Sahîhayn), sans la partie voulue comme preuve ici [concernant le fait de se lever, ou d’embrasser quelqu’un].

(2) Rapporté par At-Tabarânî dans Al-Mou‘djam Al-Kabîr (1470), d’après Aboû Djouhayfa رضي الله عنه. Rapporté par Aboû Dâwoûd dans ses Sounane (2/777), d’après Ach-Cha‘bî, sous le statut de Moursal. Al-Albânî a jugé ce hadith Djayyid dans sa chaîne de transmission dans As-Silsila As-Sahîha (6/335), (n° 2657).

(3) Rapporté par Al-Boukhârî dans Al-Djanâ’iz concernant la parole du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم « Nous sommes affligés par ta perte » (1303), d’après Anas رضي الله عنه.

(4) Rapporté par Al-Boukhârî dans Al-Djanâ’iz concernant le fait d’entrer auprès d’un mort (1184), par An-Nassâ’î dans Al-Djanâ’iz concernant le fait d’embrasser un mort (1841), d’aprèsرضي الله عنها ‘Â’icha.

(5) Rapporté par Al-Boukhârî dans Al-Adab Al-Moufrad (973), et ce récita été qualifié de haşane (bon) par Al-Albânî dans Sahîh Al-Adab Al-Moufrad (747).

(6) Rapporté par At-Tabarânî (1/37), d’après Anas ibn Mâlik رضي الله عنه. Al-Haythamî a dit dans Madjma‘ Az-Zawâ’id (8/75) : « Il a été rapporté par At-Tabarânî dans Al-Awsatt et ses hommes [les rapporteurs du hadith] sont les hommes du Sahîh [qu’on retrouve dans les hadiths rapportés par Al-Boukhârî] ». Al-Albânî a dit dans As-Silsila As-Sahîha (6/303) (n° 2647) : « Il est Djayyid par sa chaîne de transmission. »

(7) Rapporté par At-Tabarânî dans Al-Awsat (1/84), par Al-Bayhaquî dans Chou‘ab Al-Îmâne (6/473), d’après Houdhayfa رضي الله عنه, jugé authentique par Al-Albânî dans As-Silsila As-Sahîha (2692).

(8) Rapporté par At-Tabarânî dans Al-Awsat (6/349), par Aboû Ya‘lâ dans Al-Mousnad (11/23), et par Al-Bayhaquî dans Chou‘ab Al-Îmâne (5/172). Al-Haythamî a dit dans Madjma‘ Az-Zawâ’id (5/212) : « [sa chaîne des rapporteurs du hadith] inclut Yoûşouf ibn Ziyâd Al-Basrî et le hadith est « Da‘îf » [faible]. » Al-Albânî a jugé le hadith inventé dans As-Silsila Ad-Da‘îfa (2/44).

(9) Charh As-Sounna d’Al-Baghawî (12/293).

(10) Al-Âdâb Ach-Char‘iya d’Ibn Mouflih (2/275).